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Artistes en Russie entre rébellion et répression

Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 28/02/2010 | 08:19 |


Expositions saccagées par des groupes impunis quand les organisateurs sont poursuivis en justice et menacés de prison, oeuvres interdites de sortie de territoire parce que jugées subversives, artistes menacés de mort et exilés, censure...

28.02.2010, réactualisé le 17.08.12 | INTRODUCTION DATANT DE L’ANNÉE FRANCE-RUSSIE EN 2010 : La Russie d’aujourd’hui n’a évidemment rien à voir avec l’ère soviétique où les artistes étaient tenus de véhiculer la propagande du régime. Les dissidents n’avaient d’autre choix que de créer en cachette des oeuvres qu’ils exposaient alors dans des « galeries-appartements » lors de vernissages clandestins. Cette ère est révolue, la scène artistique russe contemporaine est foisonnante, riche de personnalités fortes, qui nous étonnent par leur sens de la provocation et de la théâtralité. Des galeries privées existent, défendent leurs artistes dans le monde entier, des milliardaires russes collectionnent à tour de bras... Néanmoins, si rien dans la loi ne s’oppose plus à la liberté de création, la réalité est tout autre pour quelques uns en butte à une répression hors d’âge, jusqu’à une certaine persécution. Peut-on encore parler de démocratie quand des artistes, à cause de leurs oeuvres, obtiennent le statut de réfugiés politiques à l’étranger parce que les autorités de leur propre pays ne les protègent pas ? Pour quelques uns dont l’histoire émerge dans les médias et sur Internet, combien restent dans l’ombre ? Et quand on n’ose s’en prendre directement aux artistes, on s’en prend alors à leurs oeuvres, censurées ou vandalisées, et aux organisateurs d’expositions. Que l’Année croisée France-Russie soit l’occasion de jeter un éclairage sur des destinées et des situations que la France de Voltaire s’honorerait à dénoncer comme des atteintes insupportables aux droits de l’Homme.

Citations datant de la présidence Sarkozy
- « Je veux dire également que ce n’est pas parce que la Russie est une très grande puissance que l’on doit s’interdire de dénoncer les violations des droits de l’Homme qui y sont commises. De ce point de vue, sans vouloir m’ingérer dans les affaires intérieures de ce grand Etat, je dois dire que l’évolution de la Russie ces derniers temps est à mes yeux préoccupante. »Nicolas Sarkozy en campagne présidentielle, conférence de presse sur la politique internationale, Paris [1] | 28.02.07
- « Les droits de l’Homme ? ce sera »l’occasion de parler de cet aspect des choses." Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, inauguration de l’année France-Russie, Paris | 26.01.10
- « Du point de vue de la liberté de création, nous n’avons pas de problème. » Alexandre Avdeev, ministre russe de la Culture, inauguration de l’année France-Russie, Paris | 26.01.10

PUSSY RIOT / Maria Alekhina, Ekaterina Samoutsevitch, Nadejda Tolokonnikova
Arrêtées en mars 2012, condamnées en août 2012 à deux ans de camp pour « vandalisme motivé par la haine religieuse » . Risquaient 7 ans de camp
Membres du groupe de punk-rock féministe russe Pussy Riot habituées des performances dans des lieux publics (métro, rues...), ces trois jeunes femmes âgées de 22 à 30 ans ont été arrêtées en mars 2012 pour avoir improvisé une prière anti-Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou le 21 février 2012 visant à dénoncer la collusion entre l’Eglise orthodoxe et le pouvoir. Reconnues coupable de « vandalisme motivé par la haine religieuse », elles ont été condamnées le 17 août 2012 à deux ans de camp contre trois requis. Elles en risquaient sept. La juge a estimé qu’elles souffraient de troubles de la personnalité confirmées par une expertise psychiatrique et noté leur absence de repentir. La juge a justifié sa relative clémence par le fait que leurs casiers judiciaires étaient vierges et que deux d’entre elles avaient des enfants en bas âge. Soutenues par de nombreux membres de la communauté culturelle russe et internationalement, notamment par des artistes de renom (Paul McCartney, Madonna, Sting, Yoko Ono, Björk, Nina Hagen...) elles sont reconnues comme prisonnières d’opinion par Amnesty International qui considère qu’elles sont « détenues uniquement pour avoir exprimé sans violence leurs idées ». Durant le procès, la ministre de la Culture française, Aurélie Filippetti, s’est dite préoccupée par leur sort, estimant que « ce qui leur est reproché est ni plus ni moins que d’avoir librement exercé leur art ». La ministre a fait part ensuite, sur Twitter, de sa « consternation après la condamnation démesurée des #pussyriot ». Le Quai d’Orsay a également publié un communiqué en ce sens, rappelant que la France « soutient partout dans le monde les principes de la liberté d’expression et d’opinion » tandis que d’autres capitales occidentales protestaient.
- Site officiel des Pussy Riot : http://pussy-riot.livejournal.com
- Site de soutien : http://freepussyriot.org
- Groupe Facebook de soutien : http://www.facebook.com/PutOutPutin
- Twitter : https://twitter.com/freepussyriot


VOÏNA Война / Oleg Vorotnikov, Leonid Nikolaïev
Arrêtés le 15 novembre 2010 pour acte de violence lors d’une manifestation anti-corruption, libérés sous caution en février 2011. Risquaient 7 ans de prison.
Membres du collectif Voïna (« guerre » en russe) créé en 2005, habitué des performances spectaculaires et provocatrices dans l’espace public à connotation politique (action « Fuck for the heir Puppy Bear ! » dans un musée, dessin d’un pénis géant sur un pont face au bâtiment des services secrets russes). Voïna a remporté à la mi-avril 2011 un prix d’art contemporain organisé par le ministère de la Culture russe. Oleg Vorotnikov et Leonid Nikolaïev ont été arrêtés, après une manifestation anti-corruption à Saint-Pétersbourg, pour avoir retourné une voiture de police. Pour Leonid, il s’agissait d’une performance : « Cette voiture renversée à l’entrée du Musée russe, c’était une installation artistique pour demander une réforme au ministère de l’Intérieur » (Les Inrocks). Poursuivis pour « action criminelle motivée par une haine politique, raciale, nationale ou religieuse ou par une hostilité envers un groupe social particulier » où ils risquaient sept ans de prison, après quatre mois de détention, ils ont été libérés sous caution (estimée à environ 20 000 dollars) payée par le street-artiste britannique Bansky. Nadejda Tolokonnikova, membre des Pussy Riot (voir au-dessus) fait également partie de Voïna.
- Site français de soutien : http://fr.free-voina.org

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Artem Loskoutov au tribunal ©DR

ARTEM LOSKOUTOV / Артем Лоскутов
Emprisonné un mois en 2009, condamné en mars 2010 à une amende pour possession de marijuana, en réalité pour son activisme artistico-politique. Risquait 3 ans de prison
Né en 1986, Artem Loskoutov est un jeune vidéaste, organisateur d’événements artistiques, caméraman-étudiant et travaillant à l’Université technique d’Etat de Novossibirsk en Sibérie, se revendiquant anarchiste... Lire la suite


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Andreï Erofeev à son procès, mai 2009 © DR

ANDREÏ EROFEEV (parfois orthographié Erofeïev) / Андрей Ерофеев
Condamné en 2010 pour avoir organisé une exposition
Historien de l’art, collectionneur d’art contemporain, commissaire d’exposition. Né en 1956 à Paris dans une famille de diplomates soviétiques. Diplômé de l’université d’état de Moscou en histoire de l’art, spécialiste du mouvement avant-gardiste Russe du début du XXe siècle. Egalement passionné par l’architecture, de 1982 et 1989, travaille à l’Institut de recherche sur la théorie et l’histoire de l’architecture de Moscou. A partir de 1983, il compose une collection d’art non-conformiste en URSS. En 1989, il la dépose et continue de l’enrichir au Musée national Tsaritsyno dont il devient le directeur. En 2002, la collection est transférée au département d’art contemporain dont il devient directeur et conservateur en chef à la Galerie nationale Tretiakov. Réalise de nombreuses expositions en Russie et à l’étranger. Spécialiste de l’art non officiel et non-conformiste russe des années 60 à nos jours, auteur de nombreuses publications sur le sujet.
En février 2007, lors de 2e Biennale d’Art contemporain de Moscou, organise l’exposition « SOTS ART » sur l’art politique contestataire russe des années 70 à aujourd’hui. Est contraint de retirer une oeuvre sur pression de l’Eglise orthodoxe : Icône-caviar d’Alexandre Kossolapov. L’exposition est reprise, en France, à la fondation privée LA MAISON ROUGE à Paris, en octobre 2007. Mais, à la dernière minute, les autorités russes refusent de laisser sortir une vingtaine d’oeuvres du territoire les jugeant pornographiques, honteuses pour la Russie, etc.
En mars 2007, commissaire de l’exposition « ART INTERDIT - 2006 » au musée Sakharov, à Moscou, regroupant des oeuvres refusées par divers musées et galeries par peur des réactions de l’Eglise et du pouvoir. Des manifestations contre l’exposition sont organisées par des groupes nationalistes et d’orthodoxes intégristes. Avec Youri Samodourov directeur du Centre Sakharov, fait l’objet d’une plainte en justice pour incitation à la haine religieuse et à la dignité humaine pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. En 2009, est licencié de la Galerie Tretiakov. Les deux hommes sont soutenus par Amnesty International et Human Rights Watch. De nombreuses pétitions, lettres ouvertes circulent en leur faveur de la part d’artistes russes. Andreï Erofeev est assigné à résidence, interdit de sortie de territoire et dit craindre pour sa vie et celle de sa famille.
Le parquet requiert une peine de trois ans de prison ferme. Le 12 juillet 2010, est reconnu coupable d’incitation à la haine et condamné à une amende de 150 000 roubles. Il compte faire appel.  :: + d’infos « Sainte Russie au Louvre, Art subversif au cachot » / Russie les fascistes gagnent contre l’art contemporain

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Youri Samodourov à son procès, mai 2009 © DR

YOURI SAMODOUROV / Юрий Самодуров
Condamné en 2005 comme organisateur d’une exposition. Condamné en 2010 pour une seconde exposition.
Ancien directeur du Centre Andrei-Sakharov créé à Moscou en 1995 au nom du plus célèbre dissident de la période soviétique pour rappeler « l’histoire des répressions politiques et de la résistance au totalitarisme en URSS » et pour contribuer à l’essor d’une société démocratique en Russie.
En janvier 2003, organise l’exposition « ATTENTION, RELIGION ! » qui interroge le phénomène fondamentaliste et le poids grandissant de l’Eglise orthodoxe en Russie. L’exposition est saccagée par des intégristes et taggée d’insultes antisémites. Individus arrêtés puis relâchés quand Samodourov, son assistante et trois artistes dont Anna Alchuk (voir ci-dessous) et Aroutioun Zaloumian, sont poursuivis pour « incitation à la haine interethnique et inter-religieuse ». En 2005, Samodourov et son assistante contre lesquels la procureur a requis travaux forcés, interdiction à vie de poste administratif et destruction des oeuvres déjà confisquées, sont reconnus coupables d’avoir « semé la discorde religieuse et interethnique » et condamnés à une amende de 100 000 roubles (2700 euros). L’artiste Anna Alchuk est acquittée, les deux autres artistes ont échappé au procès en fuyant en Arménie, leur pays d’origine.
En mars 2007, accueille au musée Sakharov l’exposition « ART INTERDIT - 2006 » co-organisée avec Andreï Erofeev, regroupant des oeuvres refusées par divers musées et galeries par peur des réactions de l’Eglise et du pouvoir. Des manifestations contre l’exposition sont organisées par des groupes nationalistes et intégristes. Les deux organisateurs sont poursuivis en justice pour incitation à la haine religieuse et à la dignité humaine pouvant aller jusqu’à une peine de prison de cinq ans.
En août 2008, Samodourov est poussé à la démission du Centre Sakharov. Les deux hommes sont Soutenus par Amnesty International et Human Rights Watch. De nombreuses pétitions, lettres ouvertes circulent en leur faveur de la part d’artistes russes.
Le parquet requiert une peine de trois ans de prison ferme. Le 12 juillet 2010, est reconnu coupable d’incitation à la haine et condamné à une amende de 200 000 roubles (5100€). Il compte faire appel.  :: + d’infos « Sainte Russie au Louvre, Art subversif au cachot » / Russie les fascistes gagnent contre l’art contemporain

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Anna Alchuk © DR

ANNA ALCHUK /
Acquittée lors d’un procès liée à une exposition. Retrouvée morte noyée trois ans plus tard
Née à Moscou en 1955, Anna Alchuk dite Anna Mikhalchuk était une poète et artiste, photographe et vidéaste réfléchissant essentiellement aux questions de genre. Assistante de Youri Samodourov, elle coordonna en 2003 l’exposition « Attention : religion ! » au musée Sakharov qui leur valut d’être traduit en justice en 2005 pour incitation à la haine religieuse (voir ci-dessus). Anna Alchuk fut acquittée. Elle préféra ensuite quitter la Russie avec son mari Mikhaïl Ryklin, professeur de philosophie, pour s’installer en novembre 2007 à Berlin, en Allemagne. En 2008, portée disparue depuis le 21 mars, son corps fut retrouvé trois semaines plus tard flottant dans la Spree. Son corps ne comportant aucune trace de violences, la police conclut à un suicide. Son mari reste convaincu que cette mort était l’aboutissement de la persécution que sa femme avait eu à subir durant son procès, très affectée notamment par les insultes antisémites qu’elle avait eu à subir. Fin 2008, il publia un livre à partir du journal de notes laissé par sa femme. En 2010, lors du procès d’Andreï Erofeïev et de Youri Samodourov, le premier fit état de menaces de mort de la part de militants du groupe fasciste Narodny Sobor, lui rappellant le sort d’Anna Alchuk.
 :: Sources : « How free are the Arts in Russia today ? », dossier Kultura | 12.07 / « Moscow curators face 3 years in prison » by Khristina Narizhnaya, AP | 07.07.10

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Marat Guelman après son agression © DR

MARAT GUELMAN / Марат Гельман
Objet de procès pour une exposition, agressé en 2006
Né en 1960, conseiller en communication de plusieurs hommes politiques dont Boris Eltsine, adjoint du directeur général de la première chaîne d’Etat dont il démissionna en février 2004. Propriétaire de la plus célèbre galerie d’art contemporain connue à l’étranger, créée à Moscou en 1990. Il y expose notamment des artistes critiques envers le pouvoir et la religion.
Le 19 avril 1999, un groupe d’individus armés se rend à une exposition de l’artiste Ter-Oganian à la Galerie Guelman, menace Marat Guelman avec une hache. Plus tard, un autre groupe intervient pour endommager les oeuvres exposées.
En janvier 2005, le galeriste écope d’un procès de l’Union des Artistes de Russie (organisation survivante de l’URSS) pour faire fermer l’exposition « Russia 2 », organisée à la première Biennale d’art contemporain de Moscou, à cause d’oeuvres exposées dont « Burn my Candle » du collectif des Blue Noses et un photomontage du collectif AES Group montrant la ville de Moscou après islamisation. Les plaignants demandent des dommages et intérêts de 5 millions de roubles (147 000 euros), procès gagné par la galerie en janvier 2006. Cette même exposition avait été dénoncée par 36 députés de la Douma comme « antipatriotique ».
En mai 2005, à la foire Art Moscow, le galeriste et sa femme Julia Guelman s’opposent à un groupe de traditionalistes religieux offusqués par une oeuvre d’Alexander Kosolapov associant le Christ à Coca-Cola.
D’après ses proches, son nom circulait sur différentes listes d’ennemis du peuple à abattre, postées sur Internet, pour son nom à consonance juive, sa défense de l’art contemporain et ses prises de position antifascistes quand le 21 octobre 2006, un commando de sept jeunes hommes cagoulés et vêtus de noir pénétrèrent vers midi dans la galerie dont ils semblaient connaître l’agencement. Ils ordonnèrent aux personnes présentes de se mettre face au mur puis détruisirent systématiquement toutes les œuvres accrochées aux murs, en les arrachant, les jetant au sol puis les piétinant. Puis ils saccagèrent les bureaux, ordinateurs et téléphones puis tabassèrent Marat Guelman qui, quinze jours après l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, pensa être abattu. Marat Guelman fut hospitalisé pour des contusions, des blessures au visage et une fracture présumée.
La veille, Marat Guelman avait informé la presse et posté sur son site Internet qu’il accorderait le lendemain une interview à l’agence Reuters le 21 octobre à 11 h, soit une heure et demi avant l’agression, pour dénoncer la rétention à la douane de photomontages qu’il avait confiés au marchand londonien Mathew Bown pour une exposition devant démarrer en Grande-Bretagne le 9 novembre, représentant Vladimir Poutine, George W. Bush et Ben Laden dans des poses obscènes, signés du collectif Blue Noses, oeuvres pourtant déjà sorties du territoire à cinq reprises. Les fonctionnaires des douanes de l’aéroport Sheremetyevo refusèrent de laisser partir les oeuvres, prétendant émettre des doutes sur l’authenticité des autorisations de sortie émanant du ministère de la Culture russe mais Mathew Bown et Marat Guelman parlèrent d’acte arbitraire et de censure. Cependant, M. Guelman déclara ne pas croire à un lien entre ces deux événements.
Il semblerait que la piste soit plutôt à chercher du côté d’une agression raciste et xénophobe, la galerie accueillant l’exposition, depuis le 19, d’Alexander Djikia, artiste russe d’origine georgienne. On était alors « au comble de la campagne antigeorgienne en Russie » comme le rappelle Youri Samodourov (interview par Galia Ackerman). En effet, le 5 octobre, la Russie avait lancé une campagne contre les géorgiens présents illégalement sur le territoire en réponse à l’arrestation, fin septembre, en Géorgie de quatre officiers de l’armée russe accusés d’espionnage. Le 16 octobre, environ 1 250 Géorgiens avaient été expulsés selon le ministère russe de l’Intérieur. La thèse serait confirmée par le politologue Vladimir Pribylovsky qui commenta l’affaire en expliquant que pour les ultra-nationalistes la Galerie Guelman était perçue comme « un foyer de cosmopolitisme et de valeurs anti-russe ». Une enquête criminelle pour coups et blessures et destruction ou dégradation intentionnelles des biens d’autrui fut ouverte par le procureur. A notre connaissance, elle n’a pas abouti.
 :: Sources Dépêche REUTEURS, 22.10.06 / « Georgian art destroyed in Moscow » BBC, 23.10.06 / « Extremists Attack Gallery Deemed To Be Anti-Putin » by Maria Levitov, ST PÉTERSBURG TIMES, 24.10.06 / « Un galeriste passé à tabac » par Roxana Azimi, LE JOURNAL DES ARTS, 03.11.06

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Oleg Yanusheski devant une de ses oeuvres vandalisées © Oleg Ikona

OLEG YANUSHEVSKY / Олег Янушевский
Réfugié politique en Grande-Bretagne en 2004
Artiste plasticien signant Oleg Ikona. Né en 1959 à Lugansk en Ukraine puis installé à Saint-Pétersbourg. Fondateur en 1996 de l’Institut de l’expérience et la performance et organisateur du Festival de l’Art expérimental à Saint-Pétersbourg pendant dix ans. Explore les mythes modernes, stars, politiques et société de consommation en réinterprétant l’art traditionnel de l’icône. En 2001, une de ses oeuvres est vandalisée au Manège (Central Exhibition Hall) de Saint-Pétersbourg. En 2003, l’artiste prévoit d’exposer une série d’icônes intégrant des personnalités contemporaines (Georges W. Bush, Arnold Schwarzenegger, l’oligarque Boris Berezovsky exilé à Londres..) au musée d’histoire de la religion et de l’athéisme situé dans la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan de Saint-Pétersbourg, devenu depuis 2000 musée d’histoire des religions. Les pourparlers durent des mois mais, au dernier moment, probablement sur pression du ministère de la Culture, les organisateurs annulent l’exposition. Elle trouve refuge, en 2004, à la Galerie S.P.A.S. mais au bout de quelques jours , doit s’interrompre. Le 21 février, quatre femmes entrent pour demander à voir l’artiste qui aurait du être là afin de protester. Quelques minutes plus tard, un groupe d’hommes cagoulés fait irruption et projette de la peinture sur les oeuvres. La police arrive tardivement sur les lieux et ne donne aucune suite. L’artiste saisit le procureur qui refuse d’ouvrir une enquête. Selon l’artiste, l’attaque émanait de groupes religieux extrémistes.
Dans les mois qui suivent, lui et sa famille sont insultés en public et il commence à recevoir des mails de menaces avec des insultes antisémites. Des sites Internet d’orthodoxes intégristes se félicitent de l’attaque. Certains médias engagent une campagne contre lui, en l’accusant notamment d’avoir lui-même organisé l’attaque à des fins publicitaires. Son fils Ivan est agressé dans son université par trois individus qui lui demandent avant s’il est bien le fils d’Oleg Yanushevsky. Sa femme est également victime de mesures d’intimidations sur son lieu de travail.
L’artiste rencontre ensuite des difficultés administratives pour conserver son atelier, jusque là aidé par la municipalité. Fragilisé dans sa santé, se sentant harcelé et non protégé par les autorités de son pays, il décide alors de gagner la Grande-Bretagne où il demande l’asile pour lui et sa famille en novembre 2004. Il l’obtiendra en octobre 2005 pour raisons liées aux droits de l’Homme. Vit à Londres. Après son départ, son atelier, à Saint-Pétersbourg, a été ravagé par un incendie.
 :: Sources Rapport ARTICLE 19 / « Oleg Yanushevsky : iconic russia artist finds asylum in London » by Andrew Jack, 12.05.07

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Kirill Miller en 2001 © DR

KIRILL MILLER / Кирилл Миллер
Enlevé, tabassé et menacé de mort pour son activisme politique en 2001
Artiste peintre. Né en 1959 à Saint-Pétersbourg où il vit. Elu « Artiste de l’année » en 2000. Considéré comme un artiste d’avant-garde, il s’engage en 2001 politiquement dans l’opposition à la politique de Poutine aux côtés d’Olga Kurnosova (s’engagera plus tard aux côtés de Kasparov). Le 2 juillet 2001, en pleine ville, trois hommes qui se présentent comme des « agents des services spéciaux » - FSB, ex-KGB - le forcent à monter dans une voiture, l’entraînent dans une zone industrielle déserte, le frappent et menacent de le tuer s’il refuse de répondre à leurs questions. Lui coupent une mèche de cheveux, menacent de lui couper la langue et les oreilles et, brandissant un bidon d’essence, de le brûler vivant. Veulent savoir qui financent les activités politiques de son groupe, les noms de ses camarades. Lui conseille de « rester en dehors de la politique », de rapporter à ses amis ce qu’ils risquent s’ils continuent de militer. Puis l’abandonne sur place, lui ordonnant de rester là vingt minutes. Rentre à pied. Choqué, est hospitalisé. Le 5 juillet, ses camarades organisent une conférence de presse pour dénoncer l’affaire. Ruslan Linkov, président de la section locale de l’organisation des droits de l’homme « Democratic Russia » interpelle les autorités. Depuis, Kirill Miller aurait abandonné toute activité politique pour se consacrer uniquement à son art.
 :: Sources « Assault on Artist Called ’Political’ » by Sam Charap, SAINT-PÉTERSBOURG TIMES, 06.07.01 / Rapport ARTICLE 19 / Site officiel de Kirill Miller cliquez ici

IGOR BYSTROV
Aurait subi une agression physique.
 :: SourcesRapport ARTICLE 19

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Oleg Mavromatti © DR

OLEG MAVROMATTI / Олег Мавроматти
Réfugié politique en Bulgarie en 2000
Artiste multidisciplinaire. Né en 1965 en Russie. Le 1er avril 2000, à Moscou, il réalise une performance pour son film « Do not Believe your Eyes ! » où il simule une crucifixion, une pancarte dans le dos où l’on peut lire « Je ne suis pas le fils de Dieu ». Afin d’attirer l’attention sur les « souffrances » des athées et de dénoncer la collusion entre le pouvoir et l’Eglise orthodoxe, la liberté d’expression s’en trouvant de plus en plus menacée. Il fait alors l’objet d’une plainte en justice de la part du chef orthodoxe de la paroisse Saint-Nicolas. Plainte dans un premier temps rejetée par la justice puis déclarée recevable. Le 7 juillet 2000, lors d’une perquisition à son domicile, matériel et vidéos de l’artiste sont confisqués, puis, il est interrogé à trois reprises par la police. Le 22 septembre 2000, il réitere la performance à la Galerie Guelma de Moscou allant jusqu’à la scarification, filmé et interviewé par des journalistes. En 2000, il obtient le statut de réfugié politique en Bulgarie d’après l’association britannique ARTICLE 19. A vécu aux Etats-Unis. Fondateur du collectif artistique SUPERNOVA en 1995 rebaptisé ULTRAFUTURO en 2004 créé avec sa compagne artiste Boryana Rossa. Depuis août 2010, il serait bloqué à Sofia, en Bulgarie, le consulat russe refusant de renouveler son passeport et le menaçant d’extradition vers la Russie.
 :: Sources Rapport ARTICLE 19 / Site d’Ultrafutoro "http://roboriada.org/ultrafuturo/ / Performances cliquez ici

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Avdei Ter-Oganian © DR

AVDEI TER-OGANIAN / Авдей Тер-Оганян
Réfugié politique en République tchèque en 1999
Artiste multidisciplinaire. Né en 1961 à Rostov-on-Don, il parodie les grandes stars de l’Art contemporain en exposant par exemple, un urinoir à la Duchamp dans lequel les visiteurs sont invités à pisser. Il reçoit des menaces de mort et écope de poursuites judiciaires - les premières du genre en Russie « pour incitation à la haine religieuse » avec une menace réelle d’emprisonnement - pour une performance artistique très provocatrice qui consista le 4 décembre 1998 à Moscou à pilonner en public des photos d’icônes traditionnelles à l’aide d’une hache pour dénoncer l’idolâtrie religieuse et l’influence grandissante de l’Eglise orthodoxe dans la nouvelle société russe. Le maire de Moscou exige que l’artiste soit poursuivi et le Patriarche de Moscou s’insurge contre des « actes scandaleux de vandalisme qui doivent être résolument étouffés dans l’œuf ». Le 19 avril 1999, un groupe d’individus armés se rend à une exposition de Ter-Oganian à la Galerie Guelman, menace le propriétaire Marat Guelman avec une hache, avertissant de la mort prochaine de Ter-Oganian. Plus tard, un autre groupe intervient pour endommager les oeuvres exposées. L’artiste saisit le procureur mais ne reçoit aucune réponse. Se sentant en danger, il se réfugie en 1999 en République tchèque où il obtient le statut de réfugié en 2002. A vécu depuis à Berlin et à Prague, expose régulièrement en Russie où il ne peut plus se rendre. Son fils, David Ter Oganian est également artiste, vit à Moscou.
 :: Oeuvres de l’artiste : cliquez ici
 :: Sources Rapport ARTICLE 19 / Revue KULTURA déc. 2007 / "Bio

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Slava Mogutin © DR

SLAVA MOGUTIN / Слава Могутин
Réfugié politique aux USA en 1995
Photographe, artiste multi-disciplinaire, auteur. Né en Sibérie en 1974 puis installé à Moscou, il obtient le statut de réfugié politique aux Etats-Unis en 1995 avec l’appui d’Amnesty International et du PEN American Center pour ses écrits ouvertement gay qui lui valurent des poursuites judiciaires pouvant aller jusqu’à sept ans d’emprisonnement pour : « open and deliberate contempt for generally accepted moral norms » ; « malicious hooliganism with exceptional cynicism and extreme insolence » ; « inflaming social, national, and religious division » ; « propaganda of brutal violence, psychic pathology, and sexual perversions ». Vit depuis à New-York, a fondé avec son ami Brian Kenny le collectif multimedia SUPERM.
 :: Site officiel de l’artiste www.slavamogutin.com

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:: Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 28/02/2010 | 08:19 |

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NOTES

[1] La phrase complète est : « Je veux dire également que ce n’est pas parce que la Chine et la Russie sont de très grandes puissances que l’on doit s’interdire de dénoncer les violations des droits de l’Homme qui y sont commises. De ce point de vue, sans vouloir m’ingérer dans les affaires intérieures de ce grand Etat, je dois dire que l’évolution de la Russie ces derniers temps est à mes yeux préoccupante. ».



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« Pour les expositions à la gloire d’un parfum, d’un bijoutier ou d’un marchand de sacs, je suis désolé, il faudra aller voir ailleurs. » Alain Seban, président du Centre Pompidou, voeux au personnel | 21.01.14
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