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Versailles - Aillagon plus royaliste que le roi

Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 12/12/2008 | 20:06 |


En réponse à la croisade anti-Koons menée par un prince descendant de Louis XIV, le président républicain du château de Versailles demande le transfert des restes d’une reine mérovingienne à la basilique de Saint-Denis


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Anneau de la reine Arégonde © DR

12.12.08 | C’EST GROS COMME LE NEZ au milieu de la figure. On le sait, Jean-Jacques Aillagon, président du domaine national de Versailles, fait, depuis des mois, l’objet d’attaques des milieux monarcho-trado-nationalistes au sujet de l’exposition Jeff Koons pour eux sacrilège parce que se tenant dans le « saint des saints » des appartements du Roi Soleil éteint il y a deux cent quatre-vingt-treize ans.

Depuis quelques jours, les choses ont pris une tournure plus gotha-people puisque même Gala en a parlé ! S.A.R. le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, « descendant en droite ligne de Louis XIV et de Marie-Antoinette » a pris la tête de cette croisade morale en rendant public le 2 décembre une lettre adressée au président de la République pour lui demander l’arrêt immédiat de l’exposition, menaçant sinon l’établissement d’une absurde action en justice. J.-J. Aillagon, répondant en premier lieu par le mépris semble néanmoins embêté. Il pense avoir trouvé une réponse à la hauteur et une parade... tout aussi extravagante et délirante que l’exigence princière.

Dans une lettre ouverte dont l’AFP cite des passages, il demande à la ministre de la Culture, Christine Albanel, le retour des restes de la reine mérovingienne Arnegonde (que les historiens appellent traditionnellement Arégonde) dans la nécropole royale de Saint-Denis !

DALLAS MÉROVINGIEN
Vous ne connaissez pas cette reine de France du VIème siècle ?! Mais si, voyons, fille de Clodomir II, elle était l’épouse de Clotaire 1er, mère de Chilpéric roi de Neustrie. Question morale, on repassera car avant d’être sa femme, elle était déjà sa belle-soeur puisque Clotaire était marié à Ingonde, sa soeur. Il vivra avec les deux. Entre autres, puisqu’il épousa également, successivement ou simultanément, Gondioque, veuve de son frère Clodomir, Chunsène, Radegonde qui se tirera dans un couvent et Waldrada, veuve de son petit-neveu Theodebald... Dallas chez les rois fainéants.

Donc Jean-Jacques Aillagon s’est réveillé un matin en se disant : « On ne peut plus laisser les ossements de cette pauvre Arnegonde conservés dans une boîte placée sur une étagère dans les réserves du musée de Saint-Germain ! ».

Ceux-ci ont été découverts lors de l’ouverture du sarcophage 49, dans la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis, par l’archéologue Michel Fleury... en 1959. C’est dire l’urgence. Outre les ossements étudiés par plusieurs générations d’historiens, on retrouva à l’époque des restes de vêtements exceptionnellement bien conservés et des bijoux somptueux, dont l’anneau nominatif de la reine, aujourd’hui exposés au musée du Louvre [1].

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Vitrine de la parure de la reine Arnegonde au Musée du Louvre © Louvre pour tous

Dans sa lettre ouverte, l’ancien ministre de la Culture demande à sa successeure : « Ne pensez-vous pas, dans ces conditions, que le moment serait désormais venu de veiller à ce que les restes de cette reine de France soient replacés à Saint-Denis pour qu’ils y retrouvent le pieux repos qu’elle y avait souhaité ? ». On se demande bien ce que cela peut lui faire et ce qu’il en sait des souhaits posthumes de cette chère Arnegonde. Mais néanmoins on brûle d’impatience de connaître la réponse de Mme Albanel qui a dû en rester coi : « Arnegonde... Arnegonde ? Cherchez-moi qui cela peut-il bien être ? » s’adressant à un conseiller tout aussi perplexe.

« Ce serait un acte de respect à l’égard de ces insignes reliques historiques et de simple considération à l’égard de restes humains qu’on ne saurait sans désinvolture réduire à l’état de banal matériel archéologique » continue J.-J. Aillagon visiblement très soucieux du devenir des royaux osselets.

Le président de l’établissement public du château de Versailles termine sa lettre en prenant soin de rappeler qu’il a lui-même, en tant que ministre, autorisé en juin 2004 la cérémonie de dépôt du coeur supposé de Louis XVII dans la même nécropole. Cérémonie à laquelle il assista en simple particulier, organisée par le « Mémorial de France à Saint-Denys » dont le président d’honneur n’est autre que... Charles Emmanuel de Bourbon-Parme [2].

C’est Louis XIV qui doit bien rire au spectacle de cette farce à rebondissements digne de Molière.

:: Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 12/12/2008 | 20:06 |

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Reportage sur FRANCE 3 | 05.12.08 : lire ici...

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NOTES

[1] Ces bijoux sont exposés au Musée du Louvre - Aile Richelieu - Premier étage - Section 1. Voir ici...

[2] Lire la seconde partie de notre article « Jeff Koons Versailles et la colère du prince ».



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