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80 médiateurs pour une Nuit Blanche

Bernard Hasquenoph | 27/09/2016 | 08:20 |


Que serait la Nuit Blanche parisienne sans ses médiateurs, à même de faire découvrir l’art contemporain au plus grand nombre ? Alice Martel coordonne ce dispositif hors normes. Elle nous dévoile les initiatives menées en direction des publics les plus divers, en partenariat avec de multiples associations : « C’est un peu comme organiser une belle fête, avec plus d’un million d’invités... »

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K-way de médiateur

27.09.2016 | LES DÉTRACTEURS DE NUIT BLANCHE, recrutés souvent, il faut bien le dire, parmi les opposants de la majorité municipale parisienne, aiment à présenter l’événement comme une manifestation pour bobos, autant inutile qu’élitiste, au coût exorbitant [1]. Ils ignorent sans doute - comme nous avant cette interview - l’important travail pédagogique mené vers le public, autant discret qu’invisible médiatiquement, bien loin de l’évènement « paillettes » qu’ils dénoncent. Si l’on peut s’interroger sur l’improbabilité des chiffres de fréquentation données par la mairie de Paris d’année en année - entre 1 et 2 millions de visiteurs comptabilisés on ne sait comment -, difficile de nier qu’en quinze ans, cette nuit d’octobre s’est installée comme un rendez-vous culturel incontournable et exigeant, original et populaire. Au point d’essaimer en région parisienne et à travers le monde, de Montreuil à Venise, de Versailles à Kyoto. Pour cette édition 2016, la direction artistique a été confiée à Jean de Loisy, directeur du Palais de Tokyo, qui propose une déambulation le long de la Seine, inspiré par Le Songe de Poliphile, best-seller fantasmagorique de la Renaissance.

Par quel parcours personnel en êtes-vous venue jusqu’à cette mission pour cette édition de Nuit Blanche qui se déroulera ce samedi 1er octobre au soir ?
Alice Martel. Après des études en histoire de l’art et en anthropologie, j’ai suivi le cursus de l’Ecole du Louvre, en me spécialisant en art contemporain et en médiation culturelle. Il s’agit pour moi de rendre possible la rencontre entre les œuvres d’art et le public... C’était vraiment mon objectif, je n’ai jamais voulu devenir conservatrice du patrimoine ou commissaire d’exposition. La médiation, c’est un métier où l’on aborde des sujets très variés, avec plein de personnes différentes... Cette année, j’ai rejoint l’agence Eva Albarran qui produit Nuit Blanche, après avoir travaillé comme conférencière ou chargée de médiation dans différents musées, bien souvent au MAC VAL, Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. C’est un lieu qui porte une très grande attention à ses publics et qui a les moyens de le faire. L’équipe de médiation n’y est pas externalisée par exemple... Je réalise aussi des missions dans le domaine du numérique culturel. J’adore Internet et les réseaux sociaux ! Ils stimulent la créativité et sont vecteurs de partage.

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Alice Martel devant une affiche Nuit Blanche / Sa table de travail

Pouvez-vous nous décrire le dispositif de médiation le soir de Nuit Blanche ? A quoi reconnaitra-t-on les médiateurs ?
Une équipe de 80 médiateurs sera sur le terrain entre 19 heures et 1 heure du matin afin de renseigner le public, reconnaissables à leurs K-ways roses. Pour la plupart, ils resteront à proximité d’une oeuvre, pour répondre à toutes les questions des visiteurs, les orienter, engager le dialogue. On le sait bien, l’art contemporain suscite beaucoup de réactions ! À la demande, en s’appuyant sur les impressions et les références du public, ils donneront quelques clés de lecture pour appréhender les œuvres. Par exemple, pour certains projets interactifs, ils pourront préciser aux visiteurs le mode d’emploi de l’installation ; ou encore, parler de l’artiste, de son inspiration, de la réalisation technique de l’œuvre, ou même de l’histoire et de l’architecture de Paris. Bien sûr, ils ne manqueront pas d’évoquer Poliphile, le héros de l’histoire qui constitue cette année le fil rouge de Nuit Blanche. C’est une chance de pouvoir s’appuyer sur ce roman - Le Songe de Poliphile de Francesco Colonna, publié en 1467 -, pour pouvoir embarquer les visiteurs dans une histoire, à travers la création contemporaine.

Comment sont recrutés les médiateurs ?
Les médiateurs sont généralement étudiants ou jeunes diplômés, en médiation culturelle, histoire de l’art, arts plastiques, philosophie... Ils ont déjà eu des expériences de terrain, avec le public. Certains sont plus avancés dans leur parcours, parfois même ils ont déjà un poste en CDI ailleurs. Comme c’est une expérience stimulante, pas mal de médiateurs reviennent d’une année sur l’autre. Leur recrutement pour Nuit Blanche prend environ 2 mois, avant l’été. Lors d’un entretien individuel, nous nous assurons de leurs qualités d’adaptation, de leur intérêt pour l’art contemporain, de leurs capacités orales en français et en anglais. Nous prenons également note de leurs envies, pour faciliter la répartition. Ils recoivent un dossier de formation et peuvent suivre deux journées de rencontres avec la direction artistique et les artistes de Nuit Blanche.

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Des médiateurs reconnaissables à leurs K-ways roses

Ils sont embauchés sous quel statut ?
Le statut des médiateurs évolue d’année en année. Au début de Nuit Blanche, il y avait des étudiants bénévoles, un peu comme le dispositif « Les Jeunes ont la parole » au musée du Louvre. Les années suivantes, les médiateurs étaient stagiaires, rémunérés pour une semaine. En 2015, ils étaient engagés en vacation à la Mairie de Paris et cette année, en CDD auprès de l’agence. L’objectif suivant serait de pouvoir les rémunérer durant les journées d’information. À tous les niveaux, on essaie de s’améliorer, bien sûr.

Mobiliser 80 médiateurs, ce ne doit pas être simple...
C’est un événement de grande ampleur, mais sur un temps très court. Une seule nuit ! Tout va se passer en même temps, il faut donc savoir anticiper au maximum, gérer les imprévus et orchestrer tout ce petit monde. C’est un peu comme organiser une belle fête, avec plus d’un million d’invités. Nous espérons que les médiateurs pourront être facilement repérés, que les visiteurs trouveront les informations souhaitées et qu’ils se sentiront bien accueillis. Pour le public, Nuit Blanche peut parfois paraître un peu complexe : où trouver les œuvres, à quelle heure, comment en voir le plus possible sans trop s’épuiser... Cette année, le parcours est simplifié : il suffit de suivre le fleuve. Cette balade sur les berges de Seine sera certainement très agréable et on devrait éviter les trop longues files d’attente devant des lieux à capacité d’accueil limitée. Même avec les contrôles de sécurité qui ont été imposés, on peut espérer que l’accès aux œuvres sera plus fluide.

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Parcours Nuit Blanche 2016

Qu’est-il prévu pour les publics spécifiques comme les personnes handicapées ?
Il me paraît important que les personnes en situation de handicap puissent profiter de Nuit Blanche individuellement et de la façon la plus autonome possible, si elles en ont le souhait, ou de participer à des visites en groupe. La plupart des sites seront accessibles aux personnes à mobilité réduite. La brochure, le site Internet de Nuit Blanche et celui de Jaccede.com renseignent sur les conditions d’accès pour chaque lieu. Les bénévoles de l’association Action Passeraile seront présents en début de soirée pour accompagner les visiteurs en situation de handicap, à partir du Point Info Hôtel de Ville ou sur réservation [2]. Le Centre de Recherche Théâtre Handicap(CRTH) met également en action ses Souffleurs d’images, bénévoles qui permettent à toute personne déficiente visuelle d’accéder aux œuvres en lui soufflant les éléments qui lui sont invisibles, il est nécessaire de réserver [3]. Deux visites guidées en LSF sont organisées par Bête à Bon Dieu Production, mêlant publics sourds et entendants. Des médiateurs sourds, accompagnés d’interprètes, présenteront les œuvres sur deux parcours différents, à 19 heures et 21 heures 30 [4]. Enfin, un dispositif numérique sera proposé, avec l’application Audiospot déployée sur le parcours. Elle offre des informations et un guidage avec des textes en français et en anglais, des vidéos LSF et des pistes audios. Après avoir séléctionné son profil (tout public, déficient visuel, déficient auditif ou anglophone), les informations sont géolocalisées et diffusées automatiquement, grâce au système Bluetooth et aux balises iBeacon fixées sur chaque site. À télécharger sur iPhone ou Android, avant de rejoindre Nuit Blanche, en profitant d’un réseau wifi.

Et pour les enfants ?
Pour les enfants, un petit livret-jeux réalisé par Paris Mômes sera à télécharger sur le site www.nuitblanche.paris ou à récupérer aux Points Info. Cette sélection d’œuvres permettra aux familles de découvrir Nuit Blanche à travers un circuit adapté et de manière ludique. L’association Âge d’Or de France - L’art du conte proposera également des balades à plusieurs voix, pour petits et grands. Comme les enfants sont des couche-tôt, les actions de médiation commenceront aussi avant Nuit Blanche : plusieurs écoles parisiennes participent à des ateliers menés par des artistes et pourront dévoiler leurs créations ce soir-là.

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Nuit Blanche 2016 / 01. Pierre Delavie / 02. Thomas Teurlai

Il y en a vraiment pour tous les publics !
Les touristes étrangers ne sont pas non plus en reste : rendez-vous avec les Ambassadeurs de l’association CIWY - Can I Welcome You, pour des balades en langues étrangères [5]. Comme vous le voyez, la médiation de Nuit Blanche repose en grande partie sur des partenaires très enthousiastes et impliqués, bénévoles le plus souvent.

Vous travaillez également en amont avec des associations-relais je crois... De quelles façons ?
Oui ! Avec des associations ou des structures très variées, œuvrant dans le domaine du handicap moteur, psychique ou mental, de la grande exclusion ou auprès de personnes âgées ou isolées (Samu Social, Petits Frères des Pauvres, Emmaüs...). Généralement, ils sont très contents que l’on vienne leur proposer quelque chose, gratuitement en plus. Nous leur proposons de construire ensemble leur visite et mettons à leur disposition un médiateur expérimenté pour les guider le soir de Nuit Blanche. Si un groupe veut être plus autonome, nous pouvons former certains encadrants ou bénéficiaires pour qu’ils puissent eux-mêmes guider leur groupe le soir de Nuit Blanche. Cette formule est enrichissante pour les associations. Par exemple, nous allons former quelques résidents des Centres d’Hébergement d’Urgence d’Emmaüs qui sont inscrits dans le dispositif Migrant Tour. Des immigrés apprennent le métier de guide touristique et organisent des visites dans les quartiers cosmopolites de Paris.

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Nuit Blanche 2016 / 03. Davide Balula / 04. Oliver Beer

Vous parliez tout à l’heure de l’application Audiospot utilisable par tous, valides comme handicapés, d’autres dispositifs numériques sont proposés ?
Tout à fait, Nuit Blanche est aussi un terrain d’expérimentation pour la Ville de Paris sur la question du numérique. Outre une appli Nuit Blanche, les visiteurs pourront explorer le programme de l’événement à travers une carte interactive sur Instagram : @nuitblanche2016. Ce dispositif créé par l’agence de publicité BETC, l’un des mécènes de l’événement, offre une nouvelle manière d’utiliser le réseau social, à la frontière entre la communication et la médiation. Bien, sûr, on espère aussi que les visiteurs vont s’emparer de Nuit Blanche à travers Facebook, Twitter et Snapchat, en utilisant le hashtag #NuitBlanche.

Et pour conclure, où vous trouvera-t-on le soir de Nuit Blanche ?
Partout ! Avec ma collègue Oksana Delaroff, nous sillonnerons tout le parcours en deux-roues. J’aurais préféré un poney, mais bon... Nous allons veiller au bon déroulement de la soirée pour les médiateurs, les groupes et le public. L’essentiel est que la magie de Nuit Blanche opère ! J’espère aussi ne pas manquer certains projets qui s’annoncent inoubliables : la parade des taupes de Philippe Quesne, Descension d’Anish Kapoor, Live Stream d’Oliver Beer, les danseurs en équilibre de Yoann Bourgeois et les zombies de Ryan Gander...

:: Bernard Hasquenoph | 27/09/2016 | 08:20 |

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EN COMPLÉMENT

<h6>Affiche Nuit Blanche 16 - Fabrice Hyber</h6>NUIT BLANCHE
Le site : www.nuitblanche.paris
Facebook : facebook.com/NBParis
Twitter : @NBParis #NuitBlanche

Les Points Info 17h-02h
Parvis de l’Hôtel de Ville
Passerelle Léopold-Sédar-Senghor
Place de l’Alma


CRÉDITS PHOTOS
01. Pierre Delavie, L’amour déborde, Conciergerie, Paris. Simulation du projet, Nuit Blanche 2016. Courtesy de l’artiste.
02. Thomas Teurlai, dessin préparatoire du projet Nuit Blanche 2016. Courtesy de l’artiste.
03. Davide Balula, Speaking in Flames, dans le cadre de l’exposition - Bright Intervals - au MoMA PS1, 2014. Photo - Davide Balula. Courtesy de l’artiste et de la galerie frank elbaz.
04. Oliver Beer, Live Stream, simulation du projet, 2016. Courtesy de l’artiste.



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NOTES

[1] Budget Nuit Blanche 2016 : 1,2 M€ de la Ville, 1,1M€ de mécénat.

[2] Réservation pour l’accompagnement des visiteurs en situation de handicap : tél. 01 43 41 70 67.

[3] Réservation pour les Souffleurs d’images : tél. 01 42 74 17 87 ou mail information@crth.org.

[4] Réservation pour les visites guidées en LSF sur le site babdp.webconf.tv.

[5] Réservation des visites par CIWY : tél. +33 650 786 484 ou mail welcome@ciwy.paris.



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UNE CITATION, DES CITATIONS
« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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