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Tout ce que Catherine Pégard n’a pas dit sur Versailles

Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 20/02/2012 | 11:32 | 4 commentaires


Pour sa première conférence de presse, la nouvelle présidente de l’établissement public a esquissé les projets à venir, évitant les plus polémiques, détaillés dans le contrat de performance inédit, signé avec le ministère de la Culture : Jardins payants, forfaitisation accrue, mesures contre les conditions de visite dégradées, restitutions d’ambiance, exploitation commerciale du domaine dont un projet d’hôtel retardé...


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C.Pégard à la conférence ©BH

20.02.12 | POUR SA PREMIÈRE VRAIE APPARITION PUBLIQUE le 26 janvier dernier, la nouvelle présidente de l’établissement public depuis 4 mois avait eu la belle idée de choisir une salle en chantier du château, comme pour marquer sa différence avec le style bling-bling de son prédécesseur Jean-Jacques Aillagon. Officiellement pour signifier que Versailles restait un perpétuel chantier, ce qu’il était déjà du temps de Louis XIV. L’assistance nombreuse des journalistes, pour une partie convoyée en car depuis Paris, était venue pour enfin connaître la vision que cette ancienne journaliste et discrète conseillère de Nicolas Sarkozy pouvait avoir de Versailles et des projets qui en découleraient. Et à partager cette curiosité naturelle, on se disait que cette hyper-personnalisation du domaine était tout sauf un progrès. Une véritable régression propre à Versailles où le président, fonction qui ne requiert aucune compétence scientifique ni expérience managériale, détient pourtant quasi tous les pouvoirs, ce qui est, quand on y pense, tout simplement délirant [1].

Ses seuls garde-fous sont l’attention qu’il veut bien porter aux avis des professionnels qui l’entourent - ce à quoi s’est engagée Mme Pégard -, le schéma directeur du Grand Versailles dont le programme de travaux s’impose à lui et le contrat de performance qui fixe les grandes orientations de l’établissement pour trois ans signé avec le ministère de la Culture quand il a été négocié avant lui, comme c’est le cas ici. Un document inédit dont nous avons pu avoir connaissance (voir ci-dessous), que nous confronterons aux informations délivrées par Catherine Pégard au cours de sa conférence, que ce soit dans son discours, dans ses réponses à la salle, dans le dossier de presse ainsi que dans d’autres documents.

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Laurent Brunner, Béatrix Saule, Catherine Pégard et Denis Berthomier ©BH

Au baromètre des questions posées par les journalistes et vu les titres de la plupart des articles produits ensuite, le sujet primordial était, semble-t-il, la place que la nouvelle présidente donnerait à l’art contemporain. À en effacer tout le reste, comme pour la dépêche AFP centrée à 99% sur cette question [2] ! Un sujet pourtant bien mineur au regard de la vocation et des enjeux patrimoniaux de Versailles. Catherine Pégard en a bien conscience, elle qui a fait la confidence que, depuis sa nomination, on lui en avait beaucoup parlé, « trop sans doute au regard de ce qu’est Versailles ». On ne peut que lui donner raison mais voilà sans doute le résultat de la politique événementielle et ultra-médiatique menée par son prédécesseur aux retombées matérielles tout à fait contestables et sans aucune donnée tangible sur la satisfaction des visiteurs [3]. Si Mme Pégard rend hommage très diplomatiquement à la passion de M. Aillagon, sans oublier de mentionner Christine Albanel puisque, comme nous l’a nous-même toujours rappelé, c’est elle qui a ouvert la voie, elle le critique aussi implicitement : « Nous devons approfondir dans les prochaines expositions, la présence de l’art contemporain, dans un rapport constructif avec le patrimoine historique. Les artistes ne viendront pas à Versailles mais pour Versailles ». L’approche qu’elle en a nous semble plus en adéquation avec la vocation patrimoniale du lieu, ce pour quoi des millions de visiteurs se déplacent chaque année, ce qui ne signifie pas que l’art contemporain n’y a pas sa place, nous l’avons toujours dit. Ainsi, son choix d’inviter le sculpteur italien Giuseppe Penone à intervenir en 2013 dans le cadre du 4e centenaire de la naissance de Le Nôtre nous semble pertinente et tant pis pour ceux qui pensent que seul le scandale ou l’ultra-voyant soit signe de qualité, ce qui est bien simpliste et réducteur [4].

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L’Arbre des voyelles de Giuseppe Penone dans le Jardin des Tuileries ©BH

Quel sera le Versailles de Mme Pégard ? Autant Jean-Jacques Aillagon avait fait quasi table rase des projets de sa prédécesseure Christine Albanel et s’était entouré d’une nouvelle équipe dirigeante, autant Mme Pégard a choisi la continuité en les conservant pour l’instant tous, jusqu’à son directeur de cabinet. Aucune rupture radicale en vue, juste des infléchissements. Comme si elle ne voulait rien déranger. La présidente a ainsi défini sa ligne de conduite, qui est en fait applicable à tout établissement culturel : « Donner plus et mieux à voir à un public toujours plus vaste dans des conditions sans cesse améliorées ».

L’événement, pour Versailles, a peut-être été l’annonce du recentrage vers les missions éducatives de l’établissement : convention en vue avec les ministères de l’Education et de la Culture pour développer l’accueil des scolaires au-delà de l’Académie de Versailles, idée de master-classes avec des musiciens, actions en direction des détenus ou des personnes hospitalisées, convention avec l’association Connex’cités. Il n’est pas étonnant que Mme Pégard souhaite collaborer avec le projet très sarkozien de la Maison de l’Histoire de France. Si le projet avait été critiqué par M. Aillagon, selon nous avec raison, il est vrai que maintenant que l’institution est lancée, il est étrange de ne pas y voir associer Versailles [5]. Enfin l’accent est mis sur la valorisation du Centre de Recherche du château de Versailles (CRCV) bien ignoré jusque là. Le CRCV qui s’adresse en priorité aux étudiants et aux chercheurs, mais dont les colloques restent ouverts à tous, va continuer sa mise en ligne de bases de données et prépare plusieurs ouvrages dont une étude sur les funérailles princières en Europe qui devrait déboucher sur une exposition sur la mort des rois en 2015. Pour être tenu au courant de ses activités, le CRCV a mis en ligne récemment un carnet. Là aussi, on sent comme une critique implicite au Versailles d’Aillagon très centré sur l’événementiel et voulant donner une image très festive de la Cour. C’est peut-être dans ce sens-là que Béatrix Saule, directrice du musée, a rappelé qu’il fallait faire attention à ne pas toujours réduire Versailles à cette dimension. En tant que siège du gouvernement et centre du pouvoir, on y travaillait aussi beaucoup. C’est sûr, c’est moins glamour et vendeur.

D’un point de vue patrimonial, au-delà de la poursuite des travaux prévus par le programme du Grand Versailles, la présidente a fait part de sa décision d’inscrire enfin au budget de l’établissement la restauration du Bassin de Latone - urgente depuis tellement longtemps - si aucun mécénat n’était trouvé d’ici 5 ans (restauration imprudemment ou opportunément annoncée comme imminente par M. Aillagon en février 2010, « la plus importante restauration envisagée dans le parc dans les cinq années à venir » disait-il alors). Mais pas un mot sur les autres chantiers urgents toujours en rade : la Maison de la Reine au Hameau qui pourrit sur place, les grilles de l’Orangerie dans un état lamentable et la grille d’Honneur très abîmée. En ce qui concerne les expositions, en dehors de celles déjà programmées, Mme Pégard a annoncé une prochaine pour l’été au Grand Trianon sur les Femmes, la précédente sur la Mode au XVIIIe ayant, parait-il, attiré 20% de visiteurs supplémentaires.

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Laurent Brunner, Béatrix Saule, Catherine Pégard et Denis Berthomier ©BH

Du côté des spectacles, rien de bien nouveau : Haendel remplace Vivaldi pour une série de concerts à l’Opéra royal et en accompagnement musical d’un spectacle pyrotechnique du Groupe F sur le Grand Canal ; réédition d’un bal costumé branchouille à l’Orangerie. Seules nouveautés : la 9ème symphonie de Beethoven sera interprétée le 13 juillet sur les terrasses du château sous la direction de Daniel Barenboim (événement payant ?) et annonce de partenariats avec la Comédie Française et l’Opéra de Paris. Le goût de Madame Pégard reste très classique. Exit les spectacles de variétés improbables, comme Christophe ou Philippe Katerine. Eliminée aussi semble-t-il la manifestation annuelle des Entretiens du Jeu de Paume initiée par Jean-Jacques Aillagon. Le secteur Editions poursuit ses publications, histoire de mieux informer les visiteurs, adultes comme enfants, et aussi contrôler son image. Ainsi un livre qui montrera le Versailles caché est en préparation par le journaliste de Libération Vincent Noce (dans la presse, on appelle ça un marronnier), on imagine que cela se bornera aux espaces non ouverts au public ou uniquement en visite-conférence. A noter la publication prévue pour la rentrée 2012 d’un premier album d’une bande dessinée en trois tomes inspirée de Versailles : Le Crépuscule du fou par Didier Convard, Éric Adam et Éric Liberge, coéditée par le château et les éditions Glénat, à l’instar de ce fait le Louvre depuis des années. A voir les premières images tout à fait réussies, c’est assez drôle car il s’agit moins du Versailles réel de la fin du XVIIIe siècle, époque à laquelle est censée se dérouler l’action, que celui réinventé aujourd’hui [6]. Mais peut-être cela fait-il partie du brief pour mieux vendre le Versailles touristique. En cela, rien ne change.

Ce que n’a pas dit Catherine Pégard...

Tous les trois ans depuis 2008, le Château de Versailles signe un contrat de performance avec le ministère de la Culture pour en fixer les grandes orientations et les objectifs, ceci dans le cadre de la réforme budgétaire de l’Etat (LOLF) applicable à toute l’administration. Le contrat en cours couvre la période 2011-2013. Négocié sous la présidence d’Aillagon et approuvé en conseil d’administration en avril 2010, il a été validé par le ministère, semble-t-il, vers le mois de septembre suivant. Nous en avons extrait quelques éléments qui nous ont semblé intéressants de porter à la connaissance de tous, s’agissant d’un établissement public national.

TARIFS : LE CHÂTEAU VEUT RENDRE SES JARDINS PAYANTS
Rendre payants le plus d’espaces. A la question d’une journaliste, Denis Berthomier, l’administrateur de l’établissement depuis 2007 à qui Mme Pégard a donné la parole, a indiqué qu’il n’y aurait pas d’augmentation tarifaire. En disant cela, il n’a pas menti. En revanche, il a tu les projets à l’étude visant à « accroître les recettes de la billetterie » en rendant payants « des espaces aujourd’hui libres d’accès »... comme les Jardins historiques autour du château qui sont explicitement visés (voir ci-dessous). Au prétexte fallacieux qu’au-delà de leur intérêt culturel, ils constituent un patrimoine fragile alors qu’il suffit de s’y promener pour constater que les premiers « vandales » sont les visiteurs eux-mêmes qu’on voudrait toujours plus nombreux et qui, sans conscience des dégâts qu’ils causent, grimpent et montent sur les statues pour se prendre en photo. En quoi les rendre payants changerait la situation quand il faudrait surtout plus de surveillance ? Mais nous nous en doutions depuis longtemps, notamment depuis 2009 avec la zone du bassin de Neptune rendue payante durant les Grandes Eaux (au motif bidon de mieux contrôler les flux du public), de la mise en vente de la formule Les Jardins Musicaux les mardis d’une belle saison de plus en plus étendue (les Grands eaux sans les eaux mais quasi au même prix, pour juste de la musique diffusée par baffles !), enfin, avec la fermeture les autres jours de la semaine de la grille du Dragon qui permet d’entrer dans les jardins depuis la ville (toujours avec des motifs bidons : manque de personnel alors qu’il suffit d’ouvrir et de fermer la grille le matin et le soir, usages inadaptés des riverains), ce qui déclencha la colère des Versaillais, habitants et commerçants, qui, après avoir bataillé avec M. Aillagon, obtinrent gain de cause avec l’arrivée de Mme Pégard. Jusqu’à quand ? Maintenant, on en a la preuve, le but est bien de rendre ces Jardins payants sachant que, qualifiés hypocritement dans le contrat de performance de « véritable musée de plein air », l’établissement y applique, lors des Grandes eaux et des Jardins musicaux, un tarif spectacle ce qui lui permet d’ignorer toutes les réductions et gratuités appliquées dans le château (enfants, 18-25 ans, etc), ce qui revient à privatiser ces espaces pourtant publics.

<h6>Contrat de performance Château de Versailles 2011-2013</h6>

Étendre toujours plus la forfaitisation des droits d’entrée. C’est le second objectif visé pour accroître les recettes de billetterie. Ce ne serait pas scandaleux si le visiteur avait le choix. Mais c’est de moins en moins le cas, avec la formule unique imposée au château en 2010 (visite + audioguide + expos), formule qualifiée d’offre compétitive par Mme Pégard et qui, dans le dossier de presse comme sur le site Internet du château, fait l’objet d’un mensonge en affirmant que « l’audioguide est proposé gratuitement » alors qu’en réalité son coût est supporté par tous les clients-visiteurs qu’ils en aient l’usage ou non. Plus de forfaitisation ? Qu’est-ce que ça peut vouloir dire sinon chercher à imposer maintenant à tous le Passeport à 18/25€ (château + audioguide + expos + Trianons + Grandes eaux en haute saison) ? Le contrat de performance encourage l’établissement à créer des « packages » en réunissant plusieurs services ou offres et à proposer des « promotions ciblées ». Bienvenue à Versaillesland.
- Modulations tarifaires en fonction de leur attractivité pour les visiteurs (tarifs d’heures creuses, promotions ciblées…). Une belle idée sur le papier sachant que le château a supprimé en avril 2010 la réduction du billet Château après 15 heures ! Idem aux Trianons.

CONDITIONS DE VISITE DÉGRADÉES : DÉNI ET AVEU
C’est la question que nous avons posée à Mme Pégard lors de sa conférence de presse, à savoir quelles mesures elle comptait prendre pour enrayer la dégradation des conditions de visite en période de forte affluence, à l’extérieur du château (double file d’attente, aux caisses et pour entrer) puis à l’intérieur (espaces de visite saturés), en écho à notre enquête de novembre 2011, Le chaos de Versailles, qui débouchait sur des propositions concrètes. Une situation qui ne devrait pas s’arranger avec l’ouverture prochaine de la Galerie de l’Histoire du château au rez-de-chaussée. On ne le souhaite pas, d’autant que le projet nous plaît, mais il y a de forte chance qu’en début de visite, cela crée un goulot supplémentaire d’étranglement. Toujours est-il que nous avons été autant choqué que déçu par la réponse de Mme Pégard plutôt langue de bois car, si elle a reconnu qu’une sur-fréquentation représentait un danger pour le patrimoine (et pour les visiteurs ?), rien n’est pour autant envisagé dans l’immédiat. Elle a affirmé que les files d’attente devant le château s’amélioraient d’année en année (rien n’est plus faux), que l’accueil serait métamorphosé grâce aux aménagements prévus dans le Pavillon Dufour (pour les services proposés sans doute mais en quoi l’accès extérieur et la saturation de la visite en seront-ils changés ?). Seulement a-t-elle admis, sans doute parce que l’info est sortie récemment dans Le Figaro ce qu’on lui a rappelé [7], qu’une commission réfléchissait à la modulation tarifaire selon les horaires, commission qui devrait rendre ses résultats vers la mi 2012, ce qui montre qu’il y a bien un problème.

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Files d’attente à Versailles | 07.11 ©BH

Mais si la présidente cherche à minimiser les problèmes à l’instar du dossier de presse qui nie cette réalité en faisant état d’un taux de satisfaction des visiteurs totalement fantaisiste (lire ci-dessous), le contrat de performance, lui, en fait explicitement l’aveu, au moins pour une partie :
Des mauvaises conditions de visite - « L’augmentation continue de la fréquentation génère des conditions de visite dégradées sur certaines périodes » peut-on lire. Et plus loin : « Compte tenu de la fréquentation du domaine, certains espaces connaissent des périodes de grande affluence pendant lesquelles les conditions de visite peuvent devenir mauvaises ». Pour réguler la fréquentation des Grands Appartements, une étude, en lien avec le ministère de la Culture, devait donc être menée (déjà depuis plus d’un an !) sur un dispositif de réservation horaire pour les individuels, comme il en existe déjà pour les groupes. Mais on sent plus qu’une réticence de la part de l’établissement puisque le projet remonte en réalité à bien plus loin - ce qui confirme que la saturation de la visite ne date pas d’hier -, puisqu’un tel dispositif était prévu dans le partenariat public-privé conclu, en février 2007 sous la présidence Albanel pour la gestion de la billetterie, entre l’établissement public et une société privée, contrat rompu en mai 2008 par Jean-Jacques Aillagon pour déficience du logiciel. Résultat, le projet fut rangé dans un tiroir. Mais l’enthousiasme n’est pas plus présent aujourd’hui puisqu’avant même que l’étude soit lancée, le contrat de performance évoque déjà les problèmes matériels qu’engendrerait la mise en place d’une régulation des flux (refonte de l’accueil, nécessité, parait-il, d’un circuit aujourd’hui inexistant de refoulement des visiteurs non autorisés)... et la perte de recettes prévisible. C’est là qu’on mesure les limites du modèle économique du Château de Versailles, tiraillé entre la nécessité d’augmenter toujours plus ses recettes et l’obligation d’offrir à ses visiteurs une visite de qualité minimum. Pour l’instant, force est de constater que le choix est fait : l’argent plutôt que le confort. Et parfois même que la sécurité ? Faudra-t-il qu’un visiteur meure d’un malaise dans la foule d’été des Grands Appartements pour qu’on réagisse enfin, comme ce fut le cas pour la rénovation du parc après le décès, en janvier 1984, d’une touriste japonaise écrasée par un arbre pourri [8] ?! Personne évidemment ne le souhaite mais on n’en est hélas pas loin, à lire certains témoignages cités dans notre enquête, qui concernent d’ailleurs également l’attente interminable dans la cour d’Honneur, parfois en plein soleil. A noter d’ailleurs que les personnes les plus pénalisées sont les plus vulnérables : les enfants, les personnages âgées et les handicapés, ce qui est assez contradictoire avec les actions bien réelles que mènent par ailleurs le château pour améliorer l’accueil de ce public. Pourtant, comme nous l’évoquions à la fin de notre enquête, d’autres pistes existent que la réservation horaire, comme l’ouverture le matin de Trianon qui permettrait de diminuer la foule des visiteurs le matin au château.

<h6>Contrat de performance Château de Versailles 2011-2013</h6>

Un taux de satisfaction surévalué - Si le dossier de presse affirme que « 96% des visiteurs se déclarent aujourd’hui satisfaits ou très satisfaits de leur visite », c’est parce que, comme quasi tous les musées qui mènent ce type d’évaluation, le Château de Versailles triche dans la communication de ses résultats en additionnant l’indice des très satisfait et des assez satisfait, ce qui est sans valeur scientifique. Ses responsables le savent d’autant mieux que le contrat de performance ne mentionne lui que le premier indice au sujet de divers taux de satisfaction. Mais c’est dans le rapport d’activité 2010 qu’on trouve détaillé le taux réel même si, en premier, on nous ressert le total cumulé. En réalité, le taux de satisfaction des visiteurs de Versailles est de 56% en 2010 (60% pour les Français, 55% pour les étrangers) et il est encore plus bas pour le seul Domaine de Marie-Antoinette : 47%. On est loin des 96% annoncés en premier. Des chiffres nettement inférieurs à ceux d’autres grands établissements (70% et plus). Cela confirme qu’il y a bien un problème à Versailles, sachant aussi que pour les sociologues, les visiteurs ont tendance à surévaluer leur appréciation, notamment par révérence à l’institution muséale. On trouve également cité ici ou là un taux de satisfaction générale concernant Versailles issu des enquêtes du Comité régional du tourisme des Yvelines mais il semble bien qu’il soit également obtenu par l’addition des deux premiers indices (86% en 2010), donc sans aucune valeur.

RESTITUTIONS D’AMBIANCE : PÉDAGOGIE OU ILLUSION ?
Depuis 2010, sous l’impulsion de Béatrix Saule, conservatrice en chef devenue directrice du musée, la poursuite de la politique de remeublement de Versailles qui a toujours rejeté l’idée de copie à quelques exceptions près (ce que dit le dossier de presse à ce sujet est d’ailleurs faux [9]), s’accompagne désormais d’opérations de restitution d’ambiance, « pour que le visiteur ait le sentiment d’un espace vivant et accueillant (...) et comprenne le fonctionnement de la vie de cour » explique le contrat de performance. Un choix qui ne fait pas l’unanimité en interne, un conservateur s’étant ainsi exprimé en mai 2011 dans le Journal des Arts sous couvert de l’anonymat : « Le principe est acceptable dans un château privé. Mais il est contestable dans un musée national, où l’on se doit d’être exemplaire en termes de restitution » [10].
En dehors du fait que ces évocations mêlant éléments d’époque et reconstitutions/pastiches ne sont pas explicitement présentées comme telles au public, ce qui est un premier problème, le résultat n’est pas forcément à la hauteur de la promesse. Pour la première expérience tentée dans l’Antichambre du Grand Couvert avec le décorateur Jacques Garcia étroitement associé à ces opérations, l’effet d’ambiance est quelque peu annulé par la présence d’un imposant coffrage de verre posé sur toute la surface de la table afin de protéger un précieux service d’argent [11]. Pour l’illusion de la vie, on repassera. Ce dispositif n’apparaît d’ailleurs pas sur les images promotionnelles publiées sur le site, ni dans le dossier de presse.

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L’Antichambre du Grand Couvert ©BH

Puis, en novembre 2011, ce fut la pièce des bains de Marie-Antoinette qui eut droit à une nouvelle jeunesse, dans une mise en scène proposée cette fois par le mécène et ex-couturier Hubert de Givenchy, avec des mannequins en costumes en papier d’Isabelle de Borchgrave (visible uniquement en visite guidée). Ce qui s’apparente à de la décoration historiciste plus ou moins réussie est présenté, dans le contrat de performance, comme un « projet scientifique ». Cela fait sourire quand le propos est parfaitement résumé par Jacques Garcia quand il dit préférer « dans l’intérêt du public, un décor où tout serait faux mais qui sonnerait vrai [qu’un] décor où tout est vrai, mais qui sonne faux » [12]. Une vision périmée à la Viollet-le-Duc dont on sait combien elle reste à la mode à Versailles qui s’illustre de manière spectaculaire dès la cour du château, avec la grille Royale hyper brillante dont rien n’indique qu’elle date de 2008.

Mais ce n’est que le début puisque, le contrat de performance donne la liste des prochains espaces à être ambiancés, certains étant en cours de l’être comme l’indique également le dossier de presse : la chambre de Louis XV (en attente de la fin du tissage des étoffes pour lit et pliants), le salon des Jeux de Louis XVI (en cours), l’Antichambre des Chiens (en cours), l’appartement de Maurepas (en cours), l’appartement de Madame du Barry (en cours), le cabinet doré, le cabinet du Conseil, le salon de Mercure, le salon de l’Abondance, l’appartement de Mesdames, les annexes de la Chapelle (sacristie), les cabinets scientifiques de Louis XVI. Ne manqueront plus que des figurants en costume pour parfaire le mirage... Eh bien, ce sera justement le cas lors des prochaines Journées du Patrimoine qui accueilleront, en septembre 2012, dans les jardins du Grand Trinaon, un bivouac napoléonien « en s’appuyant sur les associations de « reconstitueurs » bénévoles et en bénéficiant de l’expertise et du partenariat du magazine Napoléon 1er ». Même si on n’en est pas encore là, la lecture récente d’un article allemand décrivant le Palais Kurländer, à Dresde, nous a fait penser à Versailles : « Le somptueux Palais Kurländer, détruit par les bombardements de février 1945, y a été relevé de ses ruines. Non pas pour devenir un musée, une salle de concert ou un lieu culturel quelconque, mais un »pôle événementiel« . Sur son site web, la société qui l’exploite promet à ses visiteurs de leur »faire redécouvrir un Palais de conte de fées ramené à la vie« , avec sa »magie, toujours omniprésente«  ». Pédagogie ou illusion ?

DES CHIFFRES DE FRÉQUENTATION TOUJOURS MANIPULÉS
Gonflés, toujours plus gonflés - Rien ne change de ce côté. Pour les méthodes absurdes de comptage du domaine, nous renvoyons à notre enquête de 2010 qui en décrit le principe, inchangé depuis, à savoir qu’un même visiteur peut être compté jusqu’à quatre fois dans une même journée : quand il visite le château, le Grand Trianon, le Petit Trianon puis assiste au spectacle des Grandes eaux. On peut le constater une fois de plus dans le rapport d’activité 2010 (p.113 & 114) où ces quatre chiffres de fréquentation sont additionnés pour constituer le total, ce qui constitue juste une aberration mais qui contente tout le monde, dans un beau concert d’hypocrisie (château, ministère de la Culture, médias). On peut avoir une idée de l’écart quand le dossier de presse, citant les résultats de l’Observatoire des publics mis en place en 2010, indique que « 39 % du public visite les châteaux de Versailles et de Trianon ». Des chiffres de fréquentation d’autant plus faussés et gonflés que la vente du Passeport ne cesse de progresser. Une méthode d’évaluation hyper-très-beaucoup scientifique, décrite de la façon suivante dans le contrat de performance : « Mode de calcul : nombre calculé à partir des données de la billetterie et des enquêtes par sondage de publics croisées avec les données de comptage aux entrées du château de Versailles... ce nombre inclut toutes les catégories de manifestations (Grandes Eaux, concerts, réceptions, etc…) y compris les grands événements (Journées du patrimoine, Nuit des musées) des musées nationaux ».

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Dossier de presse, p.33 | 26.01.12

Expositions sous acide - Mais ce qui a surtout attiré notre attention, c’est le tableau en p.33 du dossier de presse qui indique la fréquentation des expositions temporaires. Le summum de la désinformation qui frise l’escroquerie intellectuelle puisque la plupart de ces expositions se sont déroulées dans des circuits habituels de visite ou, pire, à l’extérieur, ce qui rend impossible le décompte des visiteurs venus spécifiquement pour elles de ceux visitant simplement les lieux. C’est le cas pour Trônes en majesté présentée dans les Grands Appartements, le circuit de visite le plus fréquenté à l’année (ce qui donne ce chiffre délirant et invraisemblable pour une exposition temporaire à Versailles de 1,42 million de visiteurs !) ; idem pour Venet Versailles présentée en extérieur dans les Jardins la plupart du temps d’accès gratuit (près de 4 millions de visiteurs !), on espère qu’ont été comptées les voitures passant sur la place d’Armes où était exposé l’Arc et aussi les oiseaux ; Le XVIIIe siècle au goût du jour au Grand Trianon, pas dans une salle à part mais dans le circuit habituel de visite (la seule indication plausible et valable sur l’impact de cette expo est l’augmentation de 20% de la fréquentation de ce lieu durant l’été, annoncée lors de la conférence de presse) ; Le château de Versailles raconte le mobilier national présentée pour partie dans l’Appartement de Madame de Maintenon (à la suite de la visite des Grands Appartements), et dans les appartements du Dauphin et de la Dauphine au rez-de-chaussée, un chiffrage impossible d’autant que pour y être allé (et avoir beaucoup apprécié), on a bien vu que beaucoup de visiteurs entraient dans ces espaces sans même réaliser qu’il s’agissait d’une expo temporaire. Mais le plus absurde peut-être dans ce tableau est le fait d’additionner à la fin tous ces chiffres sans valeur pour obtenir un total de près de 6 millions de visiteurs qui ne correspond à rien. Du grand n’importe quoi qui montre la capacité des responsables du Château à bidouiller les chiffres. Mais comment font-ils pour se regarder encore dans les miroirs de la Galerie des Glaces ?

MÉCÉNAT, OUI MAIS COMBIEN ?
C’est un peu le même problème que pour la fréquentation, quand le Château annonce des chiffres liés au mécénat (souvent extraordinaires), on ne sait jamais à quoi ils correspondent. Sont-ils des promesses comme ce fut le cas, en février 2010 quand Jean-Jacques Aillagon annonça un mécénat de 6,5 M€ pour la restauration du Bassin de Latone qui ne se fit jamais ? Quand il s’agit d’un total annuel, s’agit-il des conventions signées durant cette période (sans pour autant être respectées comme on l’a vu pour le Pavillon du Belvédère par Breguet) ou des recettes réelles enregistrées comptablement ? Ce qui donne de sacrés écarts. Voyez plutôt, lu dans un rapport d’activité : « L’activité mécénat de l’année 2010 s’élève à plus de 20 M€ de recettes dont 5,3 M€ enregistrées comptablement en 2010. En effet, plusieurs opérations à hauteur de 14 M€ ont été engagées en 2010 et ne seront comptabilisées qu’en 2011 et 2012 » . Mais attention, la somme de 5,3M€ ne comprend pas seulement les opérations de mécénat en argent ou compétences mais aussi « la valorisation de contreparties comptabilisées en 2010 (922 K€) », ce qui est particulièrement absurde puisqu’en l’occurence, elles constituent plutôt des pertes de recettes pour l’établissement, les contreparties étant les avantages matériels offerts à l’entreprise mécène (prêt de salles pour des réceptions, gratuité d’entrée au château pour ses salariés, etc.). Ce qui nous ramène à 4,4M€ de recettes réelles de mécénat pour l’année 2010. Si cette manière d’évaluer un mécénat est appliquée systématiquement ce qui semble bien être le cas (1,6M€ de contreparties dans le rapport d’activité 2009), cela augmente artificiellement de 20 à 25 % la somme totale [13]. Tout ceci explique sans doute les écarts constatés du total mécénat pour une même année selon les documents consultés, pourtant tous officiels. Exemple concernant l’année 2008 : il est de 16,2M€ selon le rapport d’activité 2008, 24,7M€ selon le rapport 2010...

VALORISATION ÉCONOMIQUE D’ESPACES
Dans cette recherche effrénée d’argent, on souhaite également exploiter de manière durable le patrimoine « ne relevant pas des espaces ouverts aux publics ou directement nécessaires aux activités de l’établissement public » explique le contrat de performance. C’est-à-dire, en dehors de la location ponctuelle des espaces de visite pour des soirées ou des tournages qu’on veut maximiser (Galerie des Glaces, Galerie des batailles, etc), le domaine entend concéder au privé, pour des durées plus ou moins longues, certaines de ses annexes et faire payer « les administrations historiquement hébergées à titre gratuit ». Le terme politiquement correct utilisé pour ce type d’opération basiquement mercantile est valorisation d’espace. D’après le contrat de performance, sont concernés (entre parenthèses, nous indiquons les occupants actuels dont nous avons connaissance, ce sont des informations parcellaires, à compléter ou rectifier) :
- pavillon de la Petite Venise (restaurants, boutique des Jardins ?)
- pavillon des Matelots (logement de fonction ?)
- Grande Ecurie, aile de Paris et aile de Saint-Cloud (services du château transférés au Grand Commun) : il a été question d’un hôtel de luxe, un appel d’offres pour une prestation d’assistance à la maitrise d’ouvrage a été lancé fin 2011. Le bâtiment abrite également les Archives communales de la ville de Versailles, l’Académie du spectacle équestre / Bartabas, le musée des Carrosses (rattaché au Château et quasiment jamais ouvert au public malgré ses obligations). On ignore si ces structures sont concernées par ces opérations de « valorisation ».
- pavillon de chasse de Marly (ancienne résidence présidentielle)
- Grand Trianon, cour des Bouches (logements de fonction ?)
- Chèvreloup (ancienne gendarmerie) : projet de logements sociaux.
- pavillon de Jussieu (Centre de recherche du château de Versailles)

L’HÔTEL DE L’ORANGERIE DANS LES CHOUX, UNE MISE EN CONCURRENCE RETOQUÉE
Mme Pégard, au cours de sa conférence, n’a fait aucune allusion à cet hôtel de luxe qui devait pourtant ouvrir initialement fin 2011 dans un bâtiment historique du domaine attribué à Jules Hardouin-Mansart [14]. En revanche, le dossier de presse évoque bien le projet. On y apprend que les travaux de rénovation n’ont même pas commencé, pour une ouverture prévue maintenant en avril 2013 quand l’Office de tourisme de Versailles, l’année dernière, l’annonçait pour le printemps 2012 avec tarifs des chambres et services proposés. Aucune explication sur ce retard de 16 mois. L’explication, nous l’avons en partie.

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Futur hôtel de l’Orangerie | 11.11 ©BH

En décembre 2008, le Château avait reçu en dotation du ministère de la Défense ce bâtiment en mauvais état et sans décor historique d’origine. Qu’en faire ? Il fut d’abord envisagé de le louer pour des réceptions puis finalement d’en faire un hôtel en le concédant pour trente ans à un partenaire privé qui assumerait le coût de sa rénovation (5,5M€) et reverserait une redevance annuelle à l’établissement. En avril 2010, le château fit faire les études préalables pour sa restauration par l’architecte en chef Frédéric Didier et c’est en décembre 2010 que Jean-Jacques Aillagon annonçait officiellement le projet, le présentant comme « une initiative pionnière » en France de valorisation économique du patrimoine [15]. Le candidat choisi pour diriger cet hôtel était un homme d’affaires belge aujourd’hui âgé de plus de 70 ans, Dominique Van Lier (Ivy International SA). Comme le mentionnait alors Le Figaro, citant le blog de M. Aillagon, cet éditeur de métier n’était pas vraiment un inconnu pour lui. En effet, Dominique Van Lier est « propriétaire du Grand Hôtel des Bains à Locquirec (en Bretagne), établissement dont Jean-Jacques Aillagon fut, selon ses propres termes, « l’un des clients les plus assidus » », lequel possède d’ailleurs une maison dans le coin. Le président de Versailles était en quelque sorte bien placé pour juger de la qualité d’hôte de son ami. « Mon ami », c’est ainsi que M. Van Lier nomme l’ex-ministre de la Culture dans la presse belge, rapportant en 2010 la genèse de l’opération : "Il me dit, il y a un an, qu’il faut transformer l’annexe de Versailles, l’Hôtel du Grand Contrôle (...) Le bâtiment allait faire l’objet d’une concession de 30 ans renouvelable, à condition de le rénover. J’ai remis (mots manquants dans la version en ligne) prix et obtenu le marché”.

Fin 2010, tout était donc officiellement lancé, la décoratrice choisie, une certaine Gaëlle Camus. Dominique Van Lier créait début 2011 une société au nom du Grand Hôtel de l’Orangerie du Château de Versailles, le nom de domaine hoteldelorangerie.com avait lui été déjà retenu fin novembre. Seul hic de taille, l’établissement n’avait pas obtenu l’agrément du ministère de la Culture et du ministère du Budget comme le prévoit, dans ce cas, le code du domaine de l’État. Or, Le ministère du Budget refusa de donner son autorisation « au motif que la mise en concurrence opérée par l’établissement public pour le choix du partenaire avait été à ses yeux insuffisante » comme le répondit Frédéric Mitterrand à une question écrite d’un député. Etait-ce lié au fait qu’un candidat, héritier d’une célèbre enseigne française, se serait plaint de n’avoir pas même été reçu pour présenter son projet comme une personnalité locale nous l’avait rapporté alors ? Toujours est-il que ce camouflé n’eut aucun écho. L’établissement public dut reprendre à zéro la procédure en lançant un nouvel appel public à candidatures qui se clôtura fin mai 2011, à l’issue duquel fut choisi... Dominique Van Lier. Un panneau sur la porte du futur hôtel indique que l’autorisation des travaux a été donnée le 25 juillet 2011 (la réponse du ministre qui disait ne pas connaître les résultats de l’appel public à candidatures, a été publiée au Journal officiel le lendemain) quand le dossier de presse indique que l’autorisation d’occupation temporaire aurait été obtenue le 1er septembre 2011. D’où un certain retard de livraison pour une initiative pionnière qui se retrouve aujourd’hui dans les choux.

LE PAYSAGE MIEUX PROTÉGÉ, THÉORIQUEMENT
Le contrat de performance évoque dès les premières pages cette question sur le mode du constat : « L’établissement public a constaté et signalé la dégradation progressive du paysage environnant le domaine », insistant sur la nécessité de le préserver « car il constitue l’écrin naturel du château et de ses perspectives ». Mais que peut faire le domaine pour cela ? « Sa sauvegarde fait déjà l’objet de projets de requalification et de replantation à l’intérieur du domaine (...) Elle sera également encouragée par la mise en place d’un dispositif structuré de vigilance et d’influence auprès des acteurs externes concernés (Etat, collectivités, UNESCO…) ». C’est théoriquement rassurant mais ça rend d’autant plus ambigüe l’attitude de M. Aillagon qui, tout en se disant très sensible à la question - elle revient de manière récurrente sur son blog -, s’était déclaré favorable début 2011, en tant que président du Château, au projet d’une implantation de Roland-Garros dans le parc de Versailles. Si cela ne devait pas, selon ses responsables, impacter le paysage, c’était un bien mauvais signal pour la préservation de l’environnement. On sait que la Fédération française de tennis (FFT) ne retint finalement pas cette option. En janvier 2012, la mairie de Versailles souhaitant urbaniser plusieurs parties du parc, Didier Rykner, dans La Tribune de l’Art, notait les contradictions de l’ancien président du domaine dans un livre qu’il publiait sur Versailles, avant que celui-ci ne s’explique, affirmant que son engagement pour Roland-Garros était en fait une manière d’alerter un peu plus sur la nécessité de protéger ce paysage et qu’il y était en réalité opposé. Catherine Pégard, interrogée par Didier Rykner lors de la conférence de presse sur les projets de la mairie, se dit également très attachée à « la protection de la pérennité du domaine royal et celle du paysage ». Mais tout cela reste bien fragile...

:: Bernard Hasquenoph | Louvre pour tous | 20/02/2012 | 11:32 | 4 commentaires

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EN COMPLÉMENT


VOS COMMENTAIRES


Bingo, le 30/05/2012, à 11:32 |

Monsieur,

A propos des chiffres ambigus du mécénat en faveur du château de Versailles, le nouveau contrat de performance 2011-2013 de cet établissement public distingue désormais deux indicateurs : le montant des conventions de mécénats signées dans l’année, et le montant des recettes de mécénat encaissées dans l’année.

Une même convention peut en effet donner lieu à des versements échelonnés sur plusieurs années.

Les chiffres à partir de 2011 ne devraient donc plus additionner des choux et des carottes, et ne devraient plus compter un même chou de 2008 dans les récoltes 2008, 2009 et 2010 par exemple... L’administration progresse.

Cordialement,

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 30/05/2012, à 13:05 |

Merci pour cette information. Une distinction qui va, en effet, dans le sens de plus de transparence... Qu’il en soit fait de même pour les chiffres de fréquentation.


Philippe Cachau , le 3/04/2012, à 17:33 | http://philippecachau.e-monsite.com

Monsieur,

Contrairement à ce que vous avancez, ce que vous dénommez improprement « l’hôtel de l’orangerie », connu à Versailles comme « l’hôtel de Beauvillier » ou « du Grand contrôle », est bien une réalisation de Jules Hardouin-Mansart, omise dans l’ouvrage d’Alexandre Gady. Hardouin-Mansart est également l’auteur des hôtels voisins du secteur (hôtels de Chevreuse et Colbert de Croissy). Voir sur ces aspects méconnus de l’activité du grand architecte pour la famille Colbert, mon article dans la Revue de l’histoire de Versailles et des Yvelines,n°93, 2011 : http://philippecachau.e-monsite.com/medias/files/rhv-2011.pdf.

Cordialement.

Philippe Cachau, Docteur en histoire de l’art, Ancien chargé de recherche au château de versailles

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 3/04/2012, à 17:55 |

Cher Monsieur,

Merci pour ces précisions et pour le lien vers votre article des plus intéressants. Nous allons le mentionner et corriger notre erreur (ou plutôt l’oubli de M. Gady). Sachez cependant que si nous nommons ce bâtiment « l’hôtel de l’Orangerie », tout en sachant que ce n’est pas son appellation historique, c’est parce que c’est le nom commercial de l’hôtel de charme qui doit y ouvrir, sujet de cette partie de notre article.

Cordialement


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NOTES

[1] Parce que nommée directement par le Président de la République sur proposition (théorique) du ministre de la Culture, on a parlé de fait du Prince concernant Mme Pégard alors que cela dépasse largement sa personne. En l’espèce, on devrait plutôt parler de dérive monarchique (mais peut-être cela fait-il partie de la restitution Ancien Régime du château). L’absurdité veut qu’à Versailles, le seul poste ne réclamant ni diplôme ni expérience soit celui de président, contrairement aux autres grands musées et à tous les métiers exercés sur le domaine. Depuis sa création en établissement public en 1995, Versailles est une anomalie dans le paysage muséal français. D’emblée, les fonctions de président et de directeur ont été séparées, situation dénoncée dès le départ. Si le président ne requérait comme aujourd’hui aucune compétence particulière, c’est le directeur de l’établissement, issu du corps des conservateurs, qui disposait des pouvoirs administratifs et financiers. Mais dès l’année suivante, un décret les transférait au président, ne laissant au second que la gestion scientifique des collections, ce qui déclencha à l’époque un énorme scandale. Sans effet. Depuis se sont donc succédées à la tête du domaine des personnalités nommées essentiellement pour leur pedigree politique : Hubert Astier (1997-2003), énarque qui a fait l’essentiel de sa carrière auprès des ministres de la Culture (de droite) avant d’être secrétaire national du RPR chargé de la culture ; Christine Albanel (2003-2007), agrégée en lettres modernes, plume de Jacques Chirac de la Mairie de Paris à l’Elysée en passant par Matignon, conseillère régionale d’Ile-de-France RPR puis UMP ; Jean-Jacques Aillagon (2007-2011), professeur d’histoire (DEA en histoire de l’art), directeur des affaires culturelles de Paris sous Chirac, président du Centre Pompidou nommé trois fois par J. Chirac, ministre de la Culture (gouvernement Chirac/Raffarin) ; Catherine Pégard (2011-), journaliste politique, rédactrice en chef du Point, conseillère de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Il est amusant de constater que ceux qui dénient aux conservateurs la capacité de diriger un établissement - alors que cela fait maintenant partie de leur formation à l’INP - ne trouvent rien à redire au fait que l’on puisse nommer des personnes qui, si elles n’ont pas étudié l’histoire de l’art, n’ont jamais dirigé le moindre établissement, fut-ce une MJC. A Versailles, seul Jean-Jacques Aillagon fait exception. Cela serait concevable si la fonction se limitait à un travail de représentation et de relations publiques, notamment pour la recherche de mécénat, mais depuis les modifications apportées par M. Aillagon et ratifiées par le gouvernement en novembre 2010, le président du domaine détient encore plus de pouvoir qu’avant, quasi tous désormais et plus que nulle part ailleurs : en matière tarifaire, d’acquisitions d’oeuvres, de choix d’expositions, de publications, de direction du personnel...

[2] « Art contemporain à Versailles : oui, mais avec une autre vision » AFP ; « Catherine Pégard maintient l’art contemporain au château de Versailles », LIBÉRATION ; « Moins d’art contemporain à Versailles », LE FIGARO ; « Giuseppe Penone, l’invité de Versailles en 2013 », CONNAISSANCES DES ARTS ; « Guiseppe Penone à Versailles en 2013 », ARTCLAIR.COM ; « Catherine Pégard : « Les artistes ne viendront pas à Versailles, mais pour Versailles » » ART INFO.

[3] Dans son discours, Mme Pégard a salué l’action de son prédécesseur : « Il est indéniable que l’art contemporain a fait venir – ou revenir – un autre public à Versailles et en a fait parler – ou reparler – différemment ». Si on ne peut qu’être d’accord avec la seconde affirmation, on ne peut que douter de la première qui ne repose sur aucune donnée tangible (du moins en quantité car s’il y a eu forcément des visiteurs attirés par ces expositions, l’incertitude demeure sur leur nombre et leur pourcentage en regard de la fréquentation globale), comme on a déjà eu l’occasion de le montrer mais on sait bien qu’en terme de communication, une information devient vérité à force de la répéter même si elle est fausse.

[4] On peut qualifier Giuseppe Penone de franco-italien puisqu’il enseigne aux Beaux-Arts de Paris depuis 1997, siège au conseil d’administration du musée Rodin et dont une oeuvre, L’Arbre des voyelles, commande de l’Etat, est visible au Jardin des Tuileries).

[5] Lire l’intervention très complète et intéressante de M. Aillagon lors de son audition devant la commission Culture du Sénat, le 5 janvier 2011, Rapport d’information sur le projet de création d’un musée de l’Histoire de France p.166.

[6] On y voit notamment la grille Royale reconstituée en 2008 alors qu’à la fin du XVIIIe siècle, celle-ci avait partiellement disparue pour être remplacée par des palissades ou la statue de Louis XIV à cheval qui date du XIXe siècle. Dans la vidéo mise en ligne, on comprend que le dessinateur travaille d’après photos.

[7] En décembre 2011, un article du Figaro signé de Claire Bommelaer signalait que « le ministère de la Culture (...) vient de demander au Domaine de Versailles d’étudier un système de tarifs modulables pour les particuliers, technique pour l’instant réservée aux tour-opérateurs. Le château est en circuit fermé, il est impossible d’inciter les touristes à le parcourir partiellement. Il faut donc travailler sur les « plages horaires ». « Les familles ­arrivent toutes entre 11 heures et 15 heures pendant les périodes de vacances scolaires », remarque Denis Berthomier, ­administrateur de Versailles. Si elles y gagnaient fortement, elles pourraient décaler leur venue avant 9h30 ou après 16 heures et viendraient plus en hiver. » ». On se demande pourquoi ce monsieur, administrateur du château depuis 2007, n’a pas pris une telle initiative depuis tout ce temps ?! Comme nous le rappelions dans notre enquête de novembre 2011, c’est même sous son administration et sous la présidence de Jean-Jacques Aillagon qu’a été supprimée la réduction pour tous de fin d’après-midi, aggravant encore plus le phénomène de saturation.

[8] Le Parc de Versailles par Guy Degos éd. Souffles, 1989.

[9] On peut lire p.21 du dossier de presse : "Certains (meubles) provenant de Versailles peuvent retrouver leur place d’origine, certains en revanche ont été commandés pour d’autres maisons royales ou princières. Dans notre politique de remeublement, ces « équivalences » sont privilégiées par rapport aux copies ; ces dernières n’étant admises que lorsque l’original est définitivement hors de portée. Cela se discute : Pierre Verlet, conservateur au Louvre, prônait le remeublement de Versailles par des copies". Justement non, les copies, même lorsque le meuble original est définitivement hors de portée, n’ont jamais été admises à Versailles. C’était ce que prônait de manière totalement isolée le conservateur du Louvre Pierre Verlet sans qu’il soit suivi par quiconque. Nous en parlions dans une note d’un article de juillet 2011.

[10] JOURNAL DES ARTS | 13.05.11.

[11] En 2010, un Comité remeublement a été constitué, comprenant des conservateurs de Versailles, du Mobilier national, du musée du Louvre et le décorateur Jacques Garcia, précise le dossier de presse (p.26).

[12] Cité dans Le château de Versailles raconte le Mobilier national. Quatre siècles de création de Jean-Jacques Gautier et Bertrand Rondot (dir.), éd. Skira-Flammarion, 2011, 280 p., 45 €.

[13] Le montant des contreparties autorisées est limité à 25 % du montant total du don (Source : ADMICAL).

[14] Dans une première version de cet article, nous avions indiqué que les responsables de l’établissement attribuaient à tort ce bâtiment à Jules Hardouin-Mansart. Nous nous basions alors sur le démenti de l’historien de l’art et spécialiste Alexandre Gady dans La Tribune de l’Art. Nous avons depuis reçu un message de Philippe Cachau, docteur en histoire de l’art et ancien chargé de recherche au château de versailles, qui, dans une étude des plus intéressantes, démontre que l’attribution était bien exacte. Dont acte.

[15] Dossier conférence de presse, J.-J. Aillagon, président du Château de Versailles et AFP | 14.12.10.



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