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Carnac, méga-saga patrimoniale

Bernard Hasquenoph | 10/05/2018 | 10:18 |


Le Centre des monuments nationaux vient de rénover l’accueil des célèbres alignements de menhirs de Carnac. Une occasion pour revenir sur la plus importante polémique patrimoniale française de ces 30 dernières années, bien oubliée depuis Paris. Quand un projet de tourisme durable tourne au fiasco...

1. Le CMN rénove la Maison des mégalithes
2. Le roman de Carnac, méga-saga patrimoniale

10.05.2018 | « EN HAUTE SAISON , d’avril à septembre, l’accès aux alignements ne se fait qu’en visite commentée, avec un nombre de visiteurs régulé, afin de garantir la sauvegarde de l’écosystème du site et la stabilité des mégalithes… ». Dans le train qui me mène vers la petite commune du Morbihan connue dans le monde entier pour ses centaines de menhirs plus anciens que les pyramides d’Egypte, cette phrase dans le dossier de presse attire mon attention. Je ne pensais pas qu’il existait en France un site patrimonial ayant pris une décision aussi radicale, en dehors de la fermeture définitive de la grotte de Lascaux en 1963 sur décision d’André Malraux. Je pense au château de Versailles bien sûr, croulant parfois sous l’hyper-fréquentation, incapable de faire le choix d’une régulation responsable comme d’autres grands établissements culturels dans le monde l’ont fait par respect des lieux et du public : l’Alhambra en Espagne, la Cité interdite en Chine ou encore la Galerie Borghèse en Italie [1]. Je suis curieux de découvrir le dispositif de Carnac.

Nous arrivons à la Maison des mégalithes, bâtiment circulaire sans grâce, panaché de trois drapeaux, français, européen et breton comme il se doit. Le Centre des monuments nationaux (CMN) qui gère le site des alignements de Carnac, propriété de l’Etat depuis la fin du 19e siècle, vient de rénover son agencement intérieur pour 3,5 millions d’euros, après 18 mois de travaux. D’où ce voyage de presse [2]. Nous découvrons des espaces clairs et aérés, agréables quoique pas très grands. Comptoir de vente de billets pour les visites commentées et les ateliers pédagogiques des alignements, il informe également sur l’offre culturelle alentour : le Musée de préhistoire de Carnac ou le Musée d’histoire et d’archéologie de Vannes qui possèdent d’exceptionnelles collections d’objets collectés aux pieds des menhirs depuis plus de 100 ans... L’été, du personnel de l’Office de Tourisme de Carnac vient renforcer ses équipes. Une mutualisation de l’information bon esprit et plutôt rare. Il est d’ailleurs proposé un Pass des Mégalithes offrant des réductions tarifaires entre sites du même coin, bien que de statuts administratifs différents [3].

Maison des mégalithes / Carnac

Autre point positif, le lieu, se voulant un centre d’interprétation du patrimoine mégalithique, est entièrement gratuit. Dans le hall d’entrée, le CMN a fait le choix de dispositifs numériques innovants : une frise chronologique tactile pour se repérer dans le temps, des vues défilantes d’autres sites dans le monde… Sur le côté, un petit espace vitré s’adresse aux publics handicapés - « Carnac pour tous » - mais utilisable par tou.te.s : panneaux en gros caractères, maquettes tactiles, table interactive pour personnes sourdes, malvoyantes ou déficientes mentales. La Maison des mégalithes se veut en « accessibilité universelle », d’où la hauteur des installations ou la traduction en LSF intégrée au film de présentation diffusé dans une salle du fond. Juste à côté, est proposée une exposition temporaire, en ce moment sur Zacharie Le Rouzic, archéologue autodidacte et photographe, figure incontournable pour la connaissance de Carnac. Non loin, on découvre un accrochage de photos de scolaires, médium privilégié dans la médiation proposée par le CMN. Enfin, une librairie-boutique occupe une bonne partie du bâtiment, proposant des articles sur le mégalithisme et la culture bretonne. Il est désormais possible de monter sur la terrasse du bâtiment surplombant, de peu, les alignements qui, débutent, de l’autre côté de la route où circulent un petit train touristique et un car découvert proposant le Menhirs Tour, des initiatives privées. Quand je m’étonne qu’on ne trouve pas d’espace de restauration, ou ne serait-ce qu’un café, dans la Maison des mégalithes refaite à neuf, on me répond que c’est pour ne pas concurrencer l’offre locale, la ville étant toute proche. Décidément, règne ici un étonnant bon esprit.

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Toutes les photos des alignements ont été prises au Ménec

Nous traversons et découvrons la centaine de menhirs du Ménec qui, avec ceux de Kermario et de Kerlescan, constituent sur 4 kilomètres ce qu’on nomme les alignements de Carnac qui en comptent près de 3 000. Selon les périodes de l’année, les visites commentées se font sur l’un ou l’autre site par souci de protection environnementale, la jauge ne dépassant pas les 400 personnes par jour. Déception - légère pour ma part, plus importante pour d’autres du voyage -, les alignements ne sont pas d’un seul tenant mais traversés par quelques portions de routes circulantes. C’est certain, on ne retrouve pas l’image d’Epinal des menhirs dans la brume du petit matin, au soleil couchant, sous la lune… Mais peut-être faut-il venir à ces moments-là. En ce qui me concerne, à déambuler parmi ces « grosses pierres » comme disait Flaubert, la magie opère, tellement ils recèlent de mystère, tellement leur vision sérielle fait penser à du Land Art… néolithique. Kermario est réputé pour être plus spectaculaire encore, mais nous n’aurons hélas pas le temps d’y aller.

Au sol, la bruyère court, qu’on écrase si on n’y prend garde. Dans une démarche écoresponsable assez innovante pour l’époque, l’entretien du couvert végétal est assuré depuis 1995 par des moutons de race « landes de Bretagne » - en voie d’extinction, ce qui a contribué à la sauver -, et des opérations légères de fauche manuelle. Les alignements sont protégés par un grillage métallique vert d’environ un mètre de hauteur. Pas du meilleur effet mais ça pourrait être pire. Question naïve : personne ne passe par dessus ? On me répond que non. Cela m’étonne. Pour combler la frustration des 700 000 touristes qui fréquentent la zone essentiellement en haute saison et qui, pour l’essentiel, admirent les menhirs depuis les grillages puisque les visites commentées comptabilisent moins de 30 000 personnes, un parcours piétonnier a été aménagé sur tout le pourtour. Amélioré récemment grâce à un partenariat entre le CMN, le Morbihan et la commune de Carnac, il est empruntable quel que soit le temps, les précieuses zones humides protégées par des platelages. Certaines sections sont désormais accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Au Ménec, le décor est relativement préservé et le cadre reste globalement bucolique. Quelques jolies maisons bordent les menhirs, plusieurs y sont même intégrées. A proximité, un parking est masqué par des arbres. J’ignore quelle peut être l’ambiance en plein été, la population étant localement multipliée par dix !

Carnac serait-il le site patrimonial idéal ? Respectueux de l’environnement comme de la protection des “oeuvres”, de l’économie locale comme des publics dans leur diversité, jusqu’à offrir de nombreux services gratuits… Le tableau est presque trop beau pour être vrai, même si le CMN s’illustre par une politique plutôt responsable dans sa gestion de sa centaine de monuments, par comparaison à d’autres institutions publiques. Mais en remontant le fil de l’histoire, d’archives de presse en bibliothèques, il apparaît que cette situation est moins le résultat d’une volonté délibérée des pouvoirs publics que le fruit d’une bataille vieille de 30 ans toujours pas cicatrisée, saga patrimoniale bien oubliée depuis Paris qui aura tout connu : pétitions, manifestation de menhirs, occupation de bâtiment, vandalisme, incendie et même plasticage...

Maison des mégalithes - Le Ménec - 56340 Carnac
Billetterie / Librairie-boutique / Expositions gratuites
Tél. 02 97 52 29 81 / www.menhirs-carnac.fr
Alignements de Carnac : accès libre et gratuit en journée d’octobre à mars / accès unique en visites-conférences d’avril à septembre (9€/7€/5€ pour 7-17 ans/gratuit pour moins de 7 ans, Carte Culture, guides-conférenciers)

Le roman de Carnac, méga-saga patrimoniale

1970 - Alerte, menhirs en danger
1980 - Vers un premier projet de réhabilitation
1991 - Menhirs sauvés, menhirs en cage
1991 - Carnac défiguré, non au Menhirland
1996 - Projet soumis à enquête d’utilité publique
1998 - Les menhirs manifestent à Paris
1999 - Second projet pour un tourisme durable
2002 - Bâtiment occupé, menhirs libérés
2002 - Un ministre passe, la justice annule tout
2003 - Troisième et dernier « nouveau » projet
2010 - Ensemble pour un classement à l’UNESCO

Comme partout en Europe en ce qui concerne l’archéologie naissante, c’est vers le milieu du 18ème siècle qu’un cercle d’érudits commence à s’intéresser à ces ensembles de mégalithes, intégrés à la vie locale et au paysage agricole depuis des temps immémoriaux. Prise de conscience de leur valeur patrimoniale, peu à peu le souci d’en prendre soin se fait jour, y compris parmi les politiques, afin d’éviter qu’ils se retrouvent recyclés en matériaux de construction. En 1840, Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, les place dans la première liste nationale des édifices à protéger. A partir de 1874, la puissance publique autorise les expropriations, ce qui entraîne un certain nombre de conflits, et en 1888, la plupart des menhirs, devenus propriété de l’Etat, sont classés au titre des monuments historiques.

Censés dissuader les dégradations qui continuent, des murets de pierre sont érigés autour des principaux sites. Le tourisme prenant son essor, une première polémique naît dans la presse en 1895 avec le projet d’une route devant relier les alignements qui, dit la rumeur, les traversera de part en part. On dénonce alors les « turlutaines administratives ». Idée abandonnée en partie. Il faudra attendre les années 1950 pour qu’après une nouvelle polémique sur son tracé, la route se prolonge jusqu’au Ménec, non sans dommage pour les menhirs. Pour le CMN qui survole cette histoire passionnante dans un ouvrage sur Carnac, le récit s’arrête là [4]. Peut-être, dans cent ans, une nouvelle édition racontera la suite.

1970 - ALERTE, MENHIRS EN DANGER
A partir des années 1950, la société des loisirs se développant, les alignements attirent de plus en plus de monde, profitant à l’économie locale, pour atteindre un paroxysme après 1970. Victimes du tourisme de masse qui voit défiler l’été à Carnac, sans contrôle et sans médiation, près d’un million de personnes, les alignements sont l’objet d’inquiétude pour les spécialistes et certains locaux, comme l’association des Amis de Carnac qui se crée en 1977. Ouverts à tous les vents, on y pique-nique et fait du feu, abandonne ses détritus, monte sur les pierres pour s’amuser ou se prendre en photo, passe à cheval, slalome en moto, on y gare même sa voiture... Des photos de l’époque en témoignent, tout comme ce reportage télé de 1970 où le général Barbon, président du syndicat d’initiative, fait part de son inquiétude [5]. On parle au pire d’abandon de l’Etat, au mieux de négligence.

En 1981, le Canard enchaîné se moque du maire de Carnac - Christian Bonnet, ancien ministre de l’Intérieur de Valéry Giscard d’Estaing -, qui propose de construire, sur le modèle de Lascaux 2, un fac-similé des alignements de menhirs dont l’accès serait payant. Il lorgnerait depuis longtemps sur la manne économique qu’ils représentent. Le même ne voit pas trop comment les protéger : « Il faudrait installer des kilomètres de barbelés », s’exclame-t-il. Le reportage télé de 1970 évoquait comme une plaisanterie un fossé anti-char.

En 1984, le Conseil Général du Morbihan, présidé par Raymond Marcellin, ancien ministre de l’Intérieur du général de Gaulle, commande un plan de revalorisation de son patrimoine incluant ses principaux sites mégalithiques, à une société d’économie mixte, la Société d’Aménagement du Morbihan. C’est cet élan qui pousse l’Etat à se réveiller après un siècle quasi de déshérence, d’autant que cela correspond à la politique de décentralisation de protection du patrimoine menée par Jack Lang, ministre de la Culture du nouveau président socialiste François Mitterrand [6]. Pour Carnac, la DRAC Bretagne commence à prendre des mesures, via son service de la Conservation régionale des monuments historiques. En 1985, des études de terrain phyto-pédologiques sont menées, qui ne font que constater les dégâts. Le phénomène de sur-piétinement durant l’été cause une raréfaction de la flore et une dégradation des sols, avec risque de déchaussement des menhirs et destruction des couches archéologiques. Là encore, les photos de l’époque sont parlantes où l’on voit, autour des menhirs, au mieux une pelouse grasse, au pire une terre rase. D’aucun ont pu parler d’aspect lunaire.

1980 - VERS UN PREMIER PROJET DE RÉHABILITATION
En 1986, un arrêté préfectoral interdit commerce ambulant et motos dans les alignements. On expérimente différentes méthodes de régénération des sols, tout en réfléchissant à un aménagement global du site, patrimonial et environnemental, qui concilierait, tourisme et préservation, pédagogie et entretien. Le projet est soutenu par François Léotard, ministre de la Culture du gouvernement de cohabitation Chirac II, dont la loi programme du 5 janvier 1988] visant « à mieux associer patrimoine, tourisme et aménagement du territoire », prévoit « la mise en valeur de grands sites archéologiques ». Devant le « grave danger qui pèse sur ce site majeur » comme le note le Sénat, Carnac est retenu parmi les huit programmes prioritaires de restauration d’importance nationale découlant de cette loi, auquel la région Bretagne s’associe dans le cadre du Xe Plan, pour un budget estimé à 100 millions de francs (15M€).

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Monuments historiques, n°174 spécial Bretagne, mai-juin 1991

Pour la communauté professionnelle, il y a un sentiment fort de responsabilité, teinté de culpabilité. « Il appartient à notre génération d’apprendre à gérer ce patrimoine primordial sans le sacrifier à des préoccupations à court terme ; nous n’avons plus, comme nos prédécesseurs, l’excuse de l’inconscience ou de l’ignorance », écrit en 1991 Charles-Tanguy Le Roux, préhistorien spécialiste du mégalithisme armoricain et directeur des Antiquités de Bretagne (DRAC), dans un numéro de la revue de la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites, consacré à la région [7]. Cette institution, ancêtre du CMN gestionnaire du site de Carnac, annonce les changements à venir dans ce magazine rédigé par des archéologues, universitaires, architectes et responsables de musées bretons.

Le projet de réhabilitation de Carnac est expliqué par Daniel Lefèvre, architecte en chef des Monuments historiques qui a été chargé en 1988, un an après sa nomination dans le Morbihan, d’émettre des propositions. Il parle de « monument néolithique à sauver ». Il s’agit de « redonner aux alignements leur contexte original, leur échelle, leur monumentalité et partant, leur dimension symbolique ». Pour se faire, il est proposé de libérer le site des « constructions les plus gênantes » - au fil du temps, des maisons se sont construites à l’intérieur quand, l’urbanisation allant croissante, d’autres n’ont cessé de s’en approcher -, faisant table rase de la mémoire des lieux post-Néolithique et lui déniant toute valeur patrimoniale ; d’éliminer la végétation obstruante et de masquer par des plantations les lotissements les plus proches ; de déplacer de quelques mètres la route qui frôle les alignements pour aménager une promenade pédestre qui permettrait une vue dégagée sur les menhirs. Lesquels, solution radicale pour les prémunir de tout danger, seraient rendus inaccessibles par une lande épineuse basse. La prise en compte du paysage pour la mise en valeur d’un monument est assez nouvelle et dans l’air du temps, elle aboutira à la loi Paysage du 9 janvier 1993.

D’autre part, des locaux d’accueil, d’information et de documentation seront aménagés, ainsi qu’un parking, à un endroit choisi « hors du champ de visibilité des files de menhirs ». Enfin, cette réhabilitation s’accompagnera d’une grande campagne de fouilles archéologiques. Ce vaste programme avait clairement pour but de redonner du sens au lieu, meilleur moyen de le protéger selon l’architecte : « Les alignements sont actuellement relégués au rang de parc d’attractions, l’incompréhension du public étant source de l’irrespect dont ils sont victimes ». Sur le papier, le projet était cohérent et intellectuellement séduisant. Dans la réalité, ce fut autre chose. Par absence de prise en compte du facteur humain, manque de concertation avec les populations, négation du passé breton du site, maladresse dans la réalisation du programme et pas mal de mauvaise foi de l’autre camp, cela va virer au fiasco.

1991 - MENHIRS SAUVÉS, MENHIRS EN CAGE
Au printemps 1991, la DRAC Bretagne commence à procéder à la pose (provisoire) d’un grillage par nature inesthétique autour d’une partie des alignements - dans sa totalité en 1993 -, en interdisant l’accès afin d’en régénérer le couvert végétal. Un contrat d’étude de 10 ans est passé avec le laboratoire d’écologie végétale de l’université de Rennes-1 pour en mesurer l’impact et proposer des méthodes d’entretien [8]. Un choix difficile comme le confiera une actrice du dossier : « Cette mesure était indispensable, même si elle est contraire à la politique de pédagogie et d’ouverture au plus grand nombre menée par le ministère de la culture » [9]. Il faut savoir que le remodelage paysager est un parti pris esthétique et historique, comme cela peut l’être pour la restauration d’un monument. Le but visé était de reconstituer le premier état naturel connu du site à partir de photographies du 19e siècle - une lande herbeuse -, correspondant, d’après des études palynologiques, à la période préhistorique d’érection des pierres. Un écosystème spontané mais maîtrisé par l’humain - sinon, la forêt reprendrait ses droits - selon une triple méthode choisie : les moutons, la fauche manuelle et un piétinement contrôlé.

Volonté de compenser la frustration des touristes, en attendant mieux le CMN (nous l’appelons par son nom actuel par commodité) fit édifier un bâtiment de bois sur pilotis, le Belvédère, en bordure du site de Kermario afin de le découvrir librement, auquel fut joint un espace d’information gratuit sur les mégalithes et sur le projet d’aménagement synthétisé dans un prospectus, ainsi qu’une librairie-boutique. Ce fut le tollé. Le maire de Carnac (qui avait pourtant donné son accord) évoqua « une construction hideuse, fruit vénéneux du talent d’un architecte en chef des monuments historiques » et un paysage « complètement gâché », il interpella aussitôt le ministre de l’Environnement, faisant état du souci constant de sa commune dans ce domaine [10]. La Société pour la protection des paysages et de l’esthétique de la France (SPPEF), plus ancienne association de défense du patrimoine toujours en activité, parla d’« un affreux bâtiment » mais défendit le principe de l’engrillagement, rapportant le mot de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) : « Quand on restaure le Louvre, il faut bien l’entourer de palissades » [11]. Pour les Carnacois.es qui avaient toujours vécu en symbiose avec les menhirs, ce fut la stupeur. Surtout pour Yann Facon qui, très attaché à la culture bretonne, vivait avec sa famille dans une maison de caractère qu’il avait retapée et qu’il louait à la Petite Métairie, au coeur des alignements de Kermario désormais clos. Il y tenait un commerce d’artisanat et de souvenirs. Rendu difficilement accessible, il pouvait mettre la clef sous la porte.

Dans un premier article paru dès juillet dans la presse nationale sur le sujet (par un journaliste revendiquant ses origines bretonnes), Yann Facon dénonçait « un massacre du site par le Belvédère », en demandant le démontage immédiat [12]. L’association SOS Menhirs qu’il avait créée, avait déjà reçu 300 adhésions. Une seconde suivra, Menhirs libres créée par le couple Céline et Guy Mary, propriétaires de la Petite Métairie, qui prendra la tête du combat, refusant toute idée de muséification et revendiquera plus de 600 membres. Dans le même article, le sénateur-maire Christian Bonnet jetait de l’huile sur le feu, s’en prenant au directeur du Patrimoine du ministère de la Culture, proche collaborateur de Jack Lang revenu en poste depuis la réélection de Mitterrand en 1988, le rendant responsable de la situation (tandis que le journaliste en faisait l’instigateur du projet) : « M. Christian Dupavillon n’affectionne rien tant que les mises en scène : les cérémonies du Panthéon, le Bicentenaire sur les Champs-Elysées. On a l’impression qu’il a confondu Carnac avec Paris ».

Le ton était donné. Bonnet jouait à fond la carte de Paris contre la province, visant, à travers son entourage, l’emblématique ministre de la Mitterrandie nimbé de son aura de parisianiste bobo. Avec écho, puisque l’accusation s’imprimera durablement dans les esprits, reprise en boucle par les opposant.es qui se vivront comme l’incarnation vivante, menhirs aidant, du « village peuplé d’irréductibles Gaulois résist[ant] encore et toujours à l’envahisseur » de la fable d’Astérix et d’Obélix. Quand bien même l’origine du projet était régionale, que plusieurs des fonctionnaires de l’Etat impliqués dans le dossier étaient eux-mêmes bretons, et que le prétendu programme de « Grand Carnac » que l’on va prêter systématiquement à Jack Lang, émanait en réalité de François Léotard.

1991 - CARNAC DÉFIGURÉ, NON AU MENHIRLAND
Toujours est-il que les choses sont très mal engagées. Alors que la philosophie du projet de réhabilitation de Carnac est de rendre sa dignité et sa beauté au lieu, voilà ses responsables accusés de le défigurer. Il faut dire que rien ne plaide en leur faveur. Le CMN peut s’engager à détruire le Belvédère, ce qui était prévu et adviendra en 1994 pour reconstruire un accueil plus discret et tout aussi provisoire, d’expliquer que les grillages qui interdisent l’accès aux menhirs seront là le temps d’une régénération suffisante des sols, la polémique est lancée et ne s’arrêtera plus. Si le maire de Carnac était si remonté contre le Belvédère, c’était peut-être pour faire diversion, étant lui-même lié à un projet immobilier, cette fois pérenne, qui ne va faire qu’ajouter à la confusion.

A peu près au même moment, en juillet 1991, s’ouvre de l’autre côté de la route longeant les alignements du Ménec, l’Archéoscope, salle de spectacle multimédia sur les menhirs. La construction de ce bâtiment moderne semi-circulaire a été autorisée par M. Bonnet lui-même. Même si l’ABF a dû donner son accord, ce n’est en rien une initiative de l’Etat comme certaines personnes vont le (faire) croire mais une structure privée payante (45 francs/7€) que les touristes prendront pour le musée officiel de la ville, lequel en souffrira en terme de fréquentation. Quatre ans plus tard, le 8 novembre 1995, l’Archéoscope fera l’objet d’un plasticage, attentat attribué au Front de Libération de la Bretagne (FLB) en soutien au mouvement d’opposition de l’aménagement du site. Ambiance.

Symptomatique d’une époque qui voit la professionnalisation accrue du secteur du tourisme culturel pour le pire et le meilleur, le “Grand Carnac” encore aux contours flous - un tort sans doute - est perçu d’emblée comme une machine à fric, sentiment incarné par l’expression « MenhirLand » qui va faire florès. C’est ce que dénonce en 1992 le quotidien L’Humanité dans un article à charge intitulé « Mégalithe en cage » parlant de préfiguration de « passage au privé » et de « mercantilisation de la culture ». Pourtant, seule commercialisation annoncée par Geneviève Le Louarn, conservatrice régionale des monuments historiques qui a reçu du ministère la délicate mission de « concevoir, entreprendre et suivre les études et travaux sur le site de Carnac », est la vente de billets pour des visites guidées des alignements (25 francs/4€), la présence d’une boutique-librairie et plus tard d’une cafétéria, ce qui semble aujourd’hui d’une grande banalité. Là encore, la confusion se fait avec l’Archéoscope et autre petit train touristique, autant de services privés dont les intérêts se croisent plutôt avec la ville.

Une agricultrice, sans doute Céline Mary, s’insurge dans le journal communiste : « Nous exploitons notre ferme depuis quatre générations, ce lieu doit rester un lieu vivant et non un musée construit derrière des grillages et destiné aux riches touristes. » Plusieurs rassemblements de protestation ont déjà eu lieu dont un concert rock contre la « bétonisation de ce haut lieu de l’imaginaire breton ». On demande « le retrait des grillages et des belvédères, la protection naturelle des menhirs et le libre accès aux sites », résume Yann Facon qui, avec l’association SOS Menhirs, rameute les médias : « Par la présente, je vous adresse un dossier concernant l’agression dont est victime le site des alignements de Carnac, objet depuis le printemps dernier de mesures d’aménagement révoltant l’ensemble de la population et des visiteurs de tous pays légitimement indignés devant le massacre des lieux, massacre esthétique en plus de celui infligé à l’environnement. Considérant que les alignements mégalithiques font partie d’un patrimoine commun, nous avons décidé d’alerter la presse européenne afin que celle-ci puisse informer ses lecteurs des faits se déroulant ici » [13]. Comme cent ans auparavant, on craint les expropriations. A raison.

1996 - PROJET SOUMIS À ENQUÊTE D’UTILITÉ PUBLIQUE
Juin 1996, une fois approuvé par la commission supérieure des monuments historiques, l’Etat soumet son programme d’aménagement définitif élaboré par le ministère de la Culture et le CMN en concertation avec la municipalité de Carnac, la région et le département, à une enquête d’utilité publique. Rien qu’on ne sache déjà, si ce n’est que les choses sont précisées. Le budget de 100 millions de francs se répartira entre l’Etat (66MF), la région Bretagne (17MF) et le département du Morbihan (17MF), avec le soutien de l’Europe, via le programme LIFE, qui s’intéresse au modèle novateur patrimonial et environnemental de Carnac. Un bâtiment discret de 1640 mètres carrés sera construit au nord de Kermario pour accueillir un centre d’interprétation et une boutique-librairie-cafétéria, ainsi qu’un parking de 700 places. La clôture sera remplacée par des haies et pour créer une vaste zone de protection autour des menhirs répartis sur 40 hectares, l’Etat prévoit d’acquérir 80 hectares supplémentaires (220 parcelles pour 80 propriétaires) et de détruire, comme mentionné dans le projet originel, quatre maisons... dont la Petit Métairie.

Pour les personnes concernées, la guerre est déclarée, ce qui se conçoit aisément. Avec en tête, les Mary qui ont repris l’affaire de Yann Facon relogé par l’Etat dans les bois et qui s’est, semble-il, retiré de l’association SOS Menhirs, ouvrant la crêperie « Chez Céline » et un magasin de souvenirs. Difficile de faire la part des choses. Sans doute tout se mêle : les intérêts particuliers - non sans contradiction : comment dénoncer une marchandisation quand on en profite soi-même ? -, les commerces locaux qui craignent un transfert de clientèle au profit du site du CMN, les convictions militantes au relent nationaliste breton parfois extrême et un attachement sentimental au lieu, la confiscation d’un univers familier, la volonté de le garder « vivant »...

L’association Menhirs libres, active jusque sur Internet en ouvrant en 1995, de manière avant-gardiste pour l’époque, un site web, peut compter sur le journal Libération qui n’hésite pas à dénoncer, à ses côtés, rien moins que « la supercherie scientifique destinée à couvrir une lourde opération d’aménagement et d’exploitation massive du tourisme »… La preuve selon le journaliste : la boutique du Belvédère, depuis démonté, qui a réalisé « un chiffre d’affaire de quelque 2 millions de francs en vendant des ouvrages de vulgarisation, mais aussi des gadgets moins scrupuleux, jeux de cartes, casquettes, livres sur les dinosaures ». L’association rejette le projet de l’Etat en bloc, affirmant que « la dégradation du site a été surtout due à son entretien industriel dans les années 1980, avec des tracteurs de l’État et du désherbant total » comme le dira plus tard l’un de ses représentants [14]. Ses membres élaborent un contre-projet « pour un tourisme humain, en harmonie avec l’environnement » : démontage du grillage et accès libre aux alignements avec possibilité de visites guidées ; protection des zones sensibles par des cordelettes et surveillance humaine l’été ; dispersion de mini-parkings et pôles d’accueil discrets le long du parcours ; installation de panneaux d’information ; route divisée en deux voies, l’une pour les voitures en sens unique, l’autre pour les piétons et les cyclistes ; valorisation et signalisation des autres sites liés au mégalithisme dans la région dont le Musée de préhistoire de Carnac.

A quelques jours du lancement de l’enquête d’utilité publique, le grillage est vandalisé en plusieurs endroits. Cela avait été déjà le cas l’année précédente, un acte volontaire des Mary qui leur avait valu une condamnation [15]. « Les services de l’État ont voulu grillager devant chez nous et nous couper le passage, se souviendra Céline Mary. Lors d’une manifestation, on a débloqué une plaque de grillage qui nous empêchait de rentrer chez nous. Les boulons qui la tenaient ont été ramenés par mon mari à l’accueil » [16]. Pour le juriste rennais Patrick Le Louarn (de la famille de Geneviève ?), le couple mène « un véritable combat d’arrière-garde », atteint selon lui du syndrome NIMBY « qui se signale par une surdité absolue à toutes les propositions de négociation et une frénétique opposition à tout projet public, fut-il d’intérêt national, dans le voisinage immédiat d’un paysage que l’on croit immuable » [17]. Le préfet passe outre les opinions défavorables au projet - 87% selon les associations -, et signe en juillet 1997 la déclaration d’utilité publique (DUP). Des conditions antidémocratiques pour les opposant.es qui organisent une manifestation avant de saisir le tribunal administratif. Déboutée un an plus tard, l’association fait appel.

1998 - LES MENHIRS MANIFESTENT À PARIS
L’opposition au projet trouve une oreille bienveillante jusque dans les colonnes du Monde qui titre « La cage en or des menhirs de Carnac », pour signifier la prétendue appétence de l’Etat à rentabiliser l’endroit [18]. « Difficile de résister à la vague de l’industrie culturelle… », conclue l’article fataliste, citant d’autres exemples comme le Pont du Gard qui, « à l’autre bout de la France, se bat encore ». Plus mesuré que ses confrères “de gauche”, sans nier les dégradations, le journal doute malgré tout du bien-fondé de l’engrillagement, semblant préférer les solutions alternatives proposées par les associations. Dans Le Figaro, le nouveau maire de Carnac, Olivier Buquen, relativise l’opposition locale : « Sur environ six associations, deux sont contre le projet de restauration et quatre pour » [19]. Geneviève Le Louarn indique que les recettes générées par les visites guidées par des archéologues formées eux-mêmes par des botanistes pour le respect de la flore, ne servent qu’à payer les sept personnes travaillant sur le site.

Point d’orgue de la contestation, le samedi 21 novembre 1998, Menhirs libres organise un rassemblement haut en couleurs à Paris, sur le parvis de la gare Montparnasse, avec menhirs en carton pâte puis défile dans le quartier. Effet visuel garanti. L’événement reçoit le soutien de personnalités du monde de la navigation et de la chanson, comme Florence Arthaud ou Jacques Higelin [20]. Céline Mary dénonce une nouvelle fois le « projet pharaonique » de l’Etat [21]. Reconnaissance de leur mouvement, une délégation est reçue au ministère de la Culture alors dirigée par la socialiste Catherine Trautmann du gouvernement de cohabitation Jospin. La ministre calme le jeu en confiant une mission de proposition sur la conservation et la mise en valeur des alignements de Carnac à partir du projet existant, à une personnalité scientifique reconnue : Jean-Pierre Mohen, conservateur général du patrimoine, spécialiste des mégalithes, ancien directeur du Musée des antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye, alors directeur du laboratoire de recherche des Musées de France. A lui de fixer les modalité permettant d’assurer « le respect du monument et celui des personnes qui le fréquentent et le visitent ». Comme il le raconte dans un livre, Jean-Pierre Mohen s’immerge dans le paysage armoricain, rencontre tout le monde - y compris, Céline Mary qu’il nomme affectueusement « la crêpière, véritable prêtresse des mégalithes » -, enchaîne les réunions à tous les échelons administratifs, trouvant une source d’inspiration dans le projet d’aménagement de la pointe du Raz, site breton pareillement menacé par le tourisme de masse qui, entre 1996-2000, fera l’objet de mesures de protection radicales sans quasi aucune polémique, si l’on en croit L’Humanité, alors qu’on y retrouve sensiblement le même scénario [22].

1999 - SECOND PROJET POUR UN TOURISME DURABLE
Dans son rapport remis à la ministre à la mi-janvier 1999, Jean-Pierre Mohen appuie le projet initial, rejetant les accusations de marchandisation : « Il est clair que l’effort de l’Etat, totalement associé à celui de la Région, du département, et de la commune, va dans le sens d’une mise en valeur du site exceptionnel et unique des alignements de Carnac et non de son exploitation commerciale dans le style d’un « Menhirland » ». Il justifie le caractère payant du parking (dont il réduit la voilure devant les dernières estimations de visites annuelles ramenées à 500 000), par la nécessité d’« assurer une surveillance » (comme à la pointe du Raz) et réaffirme le caractère gratuit du centre d’interprétation qui intégrera « une exposition pédagogique, une salle de projection, un lieu de restauration légère, un comptoir de vente, une bibliothèque ». Idem pour le dépliant de visite, complété par un guide payant, et du circuit de promenade autour des menhirs qu’il ponctuerait par « cinq stations d’observation (...) discrètement équipées de documents pédagogiques au niveau du sol par exemple ». Seules les visites-conférences, en nombre limité, demeureraient payantes.

Innovation intéressante et prise en compte du passé “breton” de Carnac, il propose d’ouvrir une « Maison des légendes » également d’accès gratuit (à la Petite Métairie qui ne serait, dès lors, pas détruite) pour évoquer « l’histoire renouvelée du site » et les « pratiques populaires » qui lui sont attachées. Il propose de créer une synergie avec le Musée de préhistoire de Carnac, en mutualisant les animations scolaires et en mettant en place une navette au « prix modeste », ainsi que la création d’un parcours régional des sites mégalithiques. Il préconise « une autre formule que le grillage » autour des alignements - on parle d’une haie, tel que prévu dès le départ -, et un libre accès la journée en basse saison « si la reconstitution du couvert végétal le permet », ce qui n’avait jamais été exclu et était dans l’air, au regard des dernières observations de terrain qui constataient une reprise plus rapide que prévu de la végétation. Enfin, il insiste sur la notion de paysage qui implique d’agrandir la zone de protection et suggère, comme prévu, de poursuivre les recherches archéologiques. Ces propositions mesurées et conciliantes sont retenues par la ministre qui nomme un nouveau chargé de mission pour suivre le projet, Emmanuel Couet, militant socialiste faisant partie de son cabinet qui a l’avantage d’être breton [23]. Elle souhaite, en outre, proposer à l’UNESCO d’inscrire Carnac au titre du Patrimoine mondial de l’humanité.

La mairie est satisfaite des modifications apportées au projet, de même que l’association SOS Menhirs qui y retrouve plusieurs de ses revendications, mais pas Menhirs libres qui n’y voit que « quelques miettes pour faire passer le reste », appréciant encore moins le projet de la Maison des légendes implantée chez les Mary, toujours expulsables, à qui l’on racontait jusque là, selon eux, que leur maison était « une verrue » tout juste bonne â être rasée [24]. Après huit ans d’atermoiements, le ministère souhaite « aller vite » et faire aboutir le projet dans un « climat de concertation et d’apaisement » [25]. Un comité de suivi est créé, réunissant représentant.es de l’Etat, de la municipalité et de six associations. Emmanuel Couet se veut résolument optimiste, estimant que le projet de Carnac peut « constituer une référence pour le concept émergent de tourisme durable » [26]

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Plan du projet Carnac, {Monumental}, éd. du Patrimoine, 2000

Le répit sera de courte durée. Quelques jours après la divulgation du rapport, l’association Menhirs libres fait connaître son rejet radical du nouveau projet rebaptisé « Menhirland II », écho relayé sans nuance par le journal Libération qui qualifie la première version de « parc de loisirs dédié au celtisme » (sic) et celui à venir de « grand menhir business ». Même l’ouverture des alignements en basse saison ne trouve pas grâce aux yeux de l’association qui qualifie la mesure de « démagogique ». Le 11 avril, un incendie d’origine criminelle se déclare dans le bâtiment du Belvédère, détruisant la librairie et les maquettes d’exposition du site mégalithique. Ce qui n’empêche pas l’Etat, dès le mois de mai, d’engager des négociations pour l’achat à l’amiable des parcelles convoitées. Après un an de tractations, les Mary refusent toujours toute proposition. Pourtant, l’Etat renonce à détruire la Petite Métairie et propose au couple, contre l’acquisition de leur bien, d’y poursuivre leur activité commerciale sous la forme d’une convention de longue durée. Réponse : « Nous sommes chez nous et nous y resterons » [27].

Fin 2001, l’Etat croit annoncer la fin des hostilités. « Plus de 80 % des transactions ont été réalisées à l’amiable, assure Emmanuel. Résultat, l’Etat est aujourd’hui propriétaire de la moitié des parcelles de l’emprise déclarée d’utilité publique. » [28] Les travaux sont enfin programmés pour une ouverture au public à l’été 2004. Quant à l’Archéoscope, il devrait cesser ses activités fin 2002 - ce qui satisfait le maire qui doit financer le déficit du musée de la Préhistoire qui lui fait concurrence - pour finalement revenir à l’Etat, sans usage déterminé. Il pourrait être détruit. Tout semble bien engagé. Un administrateur est nommé pour la gestion du site : Laurent Heulot, conservateur du patrimoine qui a coeur, dit-il, de « dépassionner un peu le débat » [29].

2002 - BÂTIMENT OCCUPÉ, MENHIRS LIBÉRÉS
Si SOS Menhirs est dans une logique de concertation, cherchant juste à améliorer le projet de l’Etat, Menhirs libres est plus que jamais dans une opposition frontale. Complotistes, ses membres vont jusqu’à suspecter un « programme immobilier non avoué », du fait « d’une phrase sibylline adjointe au projet soumis à enquête publique (...) qui prévoyait d’ajouter au pôle d’accueil « tous types de bâtiments nécessaires à la gestion du site » », rapporte Libération [30]. Son action au tribunal administratif pour faire annuler en appel l’enquête publique court depuis plus de trois ans mais l’association ne désarme pas. Une pétition de 17 000 signatures est remise au Parlement européen mais rejetée. Sa voix portera néanmoins jusqu’à l’ONU, à travers la bizarroïde Ecospirituality Foundation dont le fondateur italien plaidera la cause de la « Communauté traditionnelle bretonne Menhirs libres » (sic) au nom de la défense de « l’identité spirituelle des Peuples autochtones européens » comme il l’avait fait aux Etats-Unis pour les Apaches !

En juillet 2002, l’association manifeste devant la préfecture du Morbihan à Vannes. En août, un journaliste du Monde semble plus circonspect sur les « inflexibles Mary » et leur commerce « fort prospère » : « Avant de se restaurer ou d’acheter l’un des innombrables souvenirs qui peuplent la boutique - bric-à-brac à mi-chemin entre Lourdes et le Mont-Saint-Michel - les visiteurs peuvent lire des placards vengeurs qui racontent la lutte du David breton contre le Goliath parisien » [31]. Qualifiant le projet de l’Etat de « raisonnable », il appelle cependant à la vigilance, estimant « consternant » l’aménagement récent de Locmariaquer, site mégalithique voisin géré également par le CMN. Quinze jours plus tard, en plein été, un collectif baptisé Holl a gevred (« ensemble » en breton) passe à l’action, soutenu par les Verts et la LCR.

Le groupe ouvre les grilles autour des menhirs - les libère, dit-il -, permettant aux touristes de déambuler parmi les alignements sans contrôle, et occupe le Belvédère de Kermario jour et nuit [32] . « On demande une remise à plat de tout le dossier et une concertation démocratique, déclare un militant. Si le pays doit être aseptisé pour l’industrie touristique et l’immobilier, il faut le dire ! » [33]. L’administrateur est consterné : « Cette fréquentation est une dégradation dramatique du processus de restauration du végétal, destiné à éviter le déchaussement des menhirs. Ce n’est pas comme ça qu’on va les sauvegarder ! » Sur Internet où l’info tourne sur les réseaux militants, le collectif dénonce une dérive qui irait bien au-delà de Carnac : « Ce projet est symbolique d’une politique culturelle nationale toujours plus proche du divertissement de carton pâte, d’une politique mondiale de développement d’un tourisme de masse, vecteurs de rentabilité économique qui semble être la seule et unique valeur qui sous-tende les choix politiques de notre société. » [34].

Lors des Journées du Patrimoine de septembre, le collectif se rend au château du président du Conseil régional de Bretagne, Josselin de Rohan, pour l’interpeller. La rencontre dégénère, un militant l’entartant avec un gâteau au chocolat. Désavoué par les autres, celui-ci sera condamné pour violence volontaire. L’occupation du Belvédère aura duré 41 jours, se terminant par une expulsion sans incident des gendarmes. Regrillagé, le site de Kermario reste fermé jusqu’à reconstitution de la végétation. Les Mary ayant reçu un avis d’expropriation, une manifestation est organisée devant la mairie de Carnac, donnant lieu cette fois à des échauffourées avec les gardes mobiles, faisant plusieurs blessé.es. La situation semble irrémédiablement bloquée.

2002 - UN MINISTRE PASSE, LA JUSTICE ANNULE TOUT
Trois mois plus tard, c’est le coup de théâtre. Le nouveau ministre de la Culture en fonction du Président Chirac, Jean-Jacques Aillagon, suspend ses vacances à Quiberon pour venir à Carnac, et annonce qu’il stoppe net le projet d’aménagement, élaboré selon lui de manière trop « autoritaire » et porté par une « pédagogie médiocre », ajoutant non sans démagogie : « Place à la concertation sur le terrain. Et pas question que les idées soient parachutées de Paris » [35]. Balayant près de quinze années de travail de ses propres services et de multiples fonctionnaires locaux, il demande au Préfet du Morbihan de lui transmette rapidement un « nouveau schéma d’ensemble », ordonnant l’« ouverture d’une nouvelle consultation en vue de l’élaboration d’un projet ne comportant que des aménagements légers, intégrés au paysage breton, respectueux de l’habitat rural existant quand il est de qualité et privilégiant la reconstitution de la lande bretonne ». Familier de l’esbroufe, le politicien sait bien la menace qui pèse sur les aménagements prévus, la cour administrative d’appel de Nantes s’apprêtant à annuler la déclaration d’utilité publique, au motif que le projet viole la loi littoral, protectrice de l’environnement, comme l’a préconisé le commissaire du gouvernement dix jours plus tôt lors de l’audience tant attendue par Menhirs libres.

Du côté de l’opposition au projet, personne n’est dupe. « L’intervention du ministre de la Culture, avant même le résultat du tribunal administratif de Nantes (...) est un revirement opportuniste de l’État craignant de montrer ses torts. Nous saluons cette reculade » se moque la coordination anti-répressive de Bretagne [36]. Menhirs libres se félicite « qu’enfin le bon sens prévale sur la technocratie parisienne et l’esprit mercantile » [37]. Le Télégramme soupçonne le ministre de chercher aussi tout simplement à faire des économies. Toujours est-il que c’est la fin des expropriations. « Il est inenvisageable de détruire une maison rurale où des gens ont vécu ou vivent encore, où ils ont exercé un métier, où toute une vie s’est créée autour. Vouloir purifier un site, est un geste intellectuellement aberrant », déclare le ministre, faisant mine d’ignorer qu’il n’en était plus question. Les Mary respirent.

Le jugement tombe en janvier 2003, annulant comme prévu la déclaration d’utilité publique au nom de la loi littoral, à la grande joie des opposant.es. Un comble quand on revient à la base du projet conçu justement pour protéger le paysage. Comment est-ce possible alors que les aménagements prévus - route, parking et bâtiment - n’étaient pas concernés par l’inconstructibilité totale dans la bande des 100 mètres prévue par la loi littoral, les alignements se situant à plus de 3km de la côte ?! Parce que l’avocat de l’association Menhirs libres a réussi à faire reconnaître la proche rivière de Crac’h qui est un bras de mer soumis aux marées comme impactant [38]. Ce qui a pour conséquence de rendre tout aussi impossible la construction des mini-pôles d’accueil proposés par l’association. Plus rien ne peut l’être.

2003 - TROISIÈME & DERNIER « NOUVEAU » PROJET
Au mois de mars 2003, le Préfet Gilles Bouilhaguet n’est pas peu fier : « il y a un consensus général autour du nouveau projet » déclare-t-il devant la presse [39]. Comme par magie, il sort de son chapeau un programme qui, bien qu’évasif sur certains points, ressemble furieusement aux précédents, si ce n’est l’abandon de la construction du bâtiment d’accueil, celui-ci émigrant dans les locaux de l’Archéoscope d’où partiront les visites commentées et qui proposera une librairie-boutique... qui deviendra la Maison des mégalithes. Idem pour le parking. Quant à la route, elle sera bien déplacée - l’-a-telle été ? -, et un chemin piétonnier aménagé. Le site sera-t-il ouvert au public ? interroge le Télégramme. « Oui », confirme-t-on, « mais avec précaution ». C’est-à-dire comme avant. De même pour les grillages qui devront être remplacés « par des murets, des clôtures végétales ou des bardages en bois ». Mais on ne parle plus de fouilles archéologiques. Aillagon valide le projet, annoncant la création d’un conseil scientifique de dimension internationale présidé par le paléontologue Yves Coppens qui ne deviendra effectif qu’en 2006. On y retrouvera Charles-Tanguy Le Roux désormais à la retraite. Est également créé en 2005 un groupement d’intérêt public culturel (GIPC) dénommé « Mémoires de pierre : Mégalithes en Morbihan », constitué de l’Etat, du CMN, de la région Bretagne, du département du Morbihan et de la ville de Carnac, pour porter notamment la candidature à l’UNESCO. Rongé par les dissensions, l’organisme sera dissous en septembre 2009.

Droite dans ses bottes, l’association Menhirs libres continue de camper sur ses positions, revendiquant toujours l’accès libre et entier aux menhirs, faisant fi de toutes les expertises scientifiques. « On nous trimballe d’année en année ! » s’insurgaient encore ses membres en 2008 dans Ouest France, d’autant que les grillages n’ont finalement jamais été enlevés, le CMN ayant découvert, disent-ils, une plante rare poussant parmi les alignements... La même année, SOS Menhirs se dissolvait, se considérant désormais sans objet. Pas Menhirs libres qui entend rester vigilante, même si son site a disparu d’Internet, et qui continue l’été à organiser ses fest-noz de soutien à 3€ l’entrée. En 2004, décédait Guy Mary. Selon ses dernières volontés, ses cendres furent dispersées à la Petite Métairie et une plaque apposée sur une façade où, ultime pied de nez, on peut lire : « Je vous avais bien dit que je resterais ici… » Son épouse, Céline, occupe le terrain avec sa fille et son fils : « On restera méfiant jusqu’au bout, se confiait-elle au Télégramme en 2016. Ce que je sais, c’est que ma famille restera vivre ici. On est comme les berniques : plus on nous tape sur le dos, plus on s’accroche » [40]. En mai 2017, trois panneaux retracant la vie de l’association ont été installés officiellement sur un chemin qui longe les menhirs toujours engrillagés, en présence du maire de Carnac.

2010 - ENSEMBLE POUR UN CLASSEMENT À L’UNESCO
Près de trente ans plus tard, que reste-t-il de cette polémique aux multiples rebondissements ? Le goût amer d’un énorme malentendu, entretenu par certain.es volontairement ou pas, et un site patrimonial à la valorisation sous-dimensionnée au regard de son importance historique. Qui fait du business ? Pas vraiment le CMN avec ses 30 000 visites-conférences par an (sous-traitées à un prestataire extérieur) pour 700 000 touristes déambulant sur le chemin piétonnier gratuit. En 2016, ses recettes tirées du droit d’entrée s’élevaient à 130 875 euros, contre 222 954 pour l’unique site de Locmariaquer, quand l’abbaye du Mont-Saint-Michel, l’un ses établissements phare, frôlait les 7M€ ! Pendant ce temps, et il n’y a rien de repréhensible, le secteur privé en profite bien, sans que cela émeuve les anti-Menhirland, ni sur un plan économique, ni pour l’impact visuel. Le chiffre d’affaires du petit train touristique exploité depuis 1996 sur trois sites bretons et qui part, à Carnac, depuis le parking proche de la Maison des mégalithes comme le car Menhirs Tour, tourne par exemple autour de 500 000 euros à l’année [41].

En bon élève se voulant irréprochable, le CMN poursuit son traitement écologique des alignements : démarche écoresponsable, gestion différenciée des sites par pâturage, système agro-pastoral à l’intérieur des enclos et maintenant aux abords, convention avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) pour « la protection de la diversité de la flore et de la faune, la découverte des espaces naturels, ainsi que la sensibilisation de ce patrimoine auprès du grand public ». Le CMN est associé à la démarche du Conseil général du Morbihan qui a relancé en 2013 le dossier de classement des sites mégalithiques au patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO, en créant l’association Paysages de mégalithes de Carnac et du Sud Morbihan présidée par le maire de Carnac. Signe que la hache de guerre est enterrée ? Menhirs libres a accepté d’y adhérer « en tant qu’observateur ».

:: Bernard Hasquenoph | 10/05/2018 | 10:18 |

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NOTES

[1] A Paris, l’Institut Giacometti, fondation privée, ouvrira en juin sous ce principe.

[2] Conditions de visite :: 5 avril 2018, sur invitation du Centre des monuments nationaux : transport, visite, déjeuner, documentation.

[3] Pass des Mégalithes. Tarif préférentiel dès le deuxième monument visité : alignements de Carnac (CMN), Cairn de Gavrinis (département du Morbihan), Mégalithes de Locmariaquer (CMN), Cairn du Petit-Mont à Arzon (département du Morbihan), Musée de préhistoire de Carnac (ville de Carnac).

[4] « Les alignements de Carnac », Anne Belaud-de Saulce, éd. du Patrimoine, 2012, 12€.

[5] « Carnac : les menhirs s’amusent », reportage photos d’Yves Rouillard, revue ArMen n°2, 1986.

[6] Création des Zones de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP) en 1983 et des Commissions régionales du patrimoine historique archéologique et ethnologique (COREPHAE) l’année suivante.

[7] Monuments historiques n°174 spécial Bretagne, mai-juin 1991.

[8] « Combiner tourisme et conservation patrimoniale - Exemple d’une gestion écologique de la fréquentation sur le site mégalithique de Carnac », Sébastien Gallet, Maître de conférences, Institut de géoarchitecture, Université européenne de Bretagne (UBO Brest), TÉOROS, vol. 29, no 2, 2010.

[9] Geneviève Le Louarn, cheffe de projet de la mission Carnac, « Les mégalithes de Carnac comme cible », Diagonale, juillet-août 1999.

[10] Question écrite n° 15831 de M. Christian Bonnet (Morbihan - U.R.E.I.) publiée dans le JO Sénat du 20/06/1991 - page 1261 ; Monuments historiques n°192, avril 1994.

[11] Sites & Monuments, n°135 & 136, 1991 & 1992.

[12] « SOS menhirs ! Le coup de Carnac », Yvon Le Vaillant, Nouvel Observateur, 11.07.1991.

[13] « S.O.S. menhirs ! », Le Soir, 12.02.1992.

[14] « Un projet de développement contesté - Obélix serait fier ! », Le Devoir, 29 août 2002.

[15] 5 000 francs avec sursis chacun.e pour « recel de boulons » et « entrave à l’exécution de travaux publics » au Tribunal correctionnel de Lorient, 6 mars 1995.

[16] « Menhirs libres : la fin de l’histoire ? », Le Télégramme, 11 avril 2016.

[17] « De Carnac à Chambord... La répression des atteintes au domaine public culturel, principal ou accessoire, des monuments historiques », Patrick Le Louarn, Revue juridique de l’Ouest, 1995.

[18] « La cage en or des menhirs de Carnac », Clarisse Fabre, Le Monde, 15.08.1997.

[19] « Carnac au patrimoine mondial », Nathalie Simon, Le Figaro, 05.09.1997.

[20] Florence Arthaud, Loïc Peyron, Philippe Poupon, Eugène Riguidel, Alain Gautier, Jean-Yves Terlain, Alan Stivell, Gilles Servat, Alain Barrière, Jacques Higelin…

[21] L’Humanité, 21 novembre 1998.

[22] Pierres vives de la préhistoire - Dolmens et menhirs, Jean-Pierre Mohen, p.142-144, éd. Odile Jacob, 2009.

[23] Emmanuel Couet est aujourd’hui Président de Rennes Métropole.

[24] « Les menhirs en liberté », Le Télégramme, 20 janvier 1999.

[25] « Aménagement du site de Carnac : copie revue et corrigée », Le Télégramme, 23 janvier 1999.

[26] « Vers un tourisme durable ? », Emmanuel Couet, Monumental, éd. du Patrimoine, 2000.

[27] « Carnac. Restauration des alignements : les Mary refusent la proposition de l’Etat », Le Télégramme, 17 janvier 2001.

[28] « Carnac : les menhirs bientôt sur leur 31 », Le Télégramme, 19 décembre 2001.

[29] « Carnac. Locmariaquer. L. Heulot : « Le patrimoine : ça se mérite ! » », Le Télégramme, 10 avril 2002.

[30] Libération, 26 janvier 1999.

[31] « Carnac, trois mille pierres d’achoppement », Emmanuel de Roux, Le Monde, 13 août 2002.

[32] le collectif Holl a gevred rassemblait Menhirs libres, Keep it blue, Bemdez, la Coordination Anti-Répressive de Bretagne, la Confédération Paysanne, la Confédération maritime, la Marche des Libertés Bretonnes, les Amis du Marais, le Emgann, le Sindikat Labourien Breizh (SLB) et Kelc’h Sevenadwel Gwened (KSG) avec le soutien des Verts et de la LCR.

[33] « Opération pierres ouvertes à Carnac », Nicolas de La Casinière, Libération, 2 septembre 2002.

[34] No Pasaran, n°13 - Octobre 2002.

[35] « Aillagon suspend les enchères à Carnac », Mathieu Gorse, Libération, 30 décembre 2002. « Carnac échappe au menhirland », Armelle Héliot, Le Figaro, 31 décembre 2002. « Le ministre de la Culture suspend l’aménagement du site de Carnac » Les Echos, 30 décembre 2002. « Menhirs : une page est tournée », Le Télégramme, 30 décembre 2002.

[36] « Menhirs : une victoire pour la coordination anti-répressive de Bretagne », Le Télégramme, 2 janvier 2003.

[37] « Les défenseurs des menhirs appelés à s’exprimer », Le Télégramme, 2 janvier 2003.

[38] « Menhirs : la riposte juridique des Mary », Le Télégramme, 6 novembre 2002.

[39] « Mégalithes. Consensus sur le nouveau projet », Télégramme, 13 mars 2003.

[40] Le Télégramme, 11 avril 2016.

[41] Société TRAINS TOURISTIQUES LE BAYON basée à Carnac, gérant Fabrice Le Bayon qui possède par ailleurs la société AUTOCARS LE BAYON. Le circuit en car Menhirs Tour, exploité par le société BREIZH VISIO TOURISME basée également à Carnac, rapporte moins de 100 000 euros.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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