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Dimanche gratuit supprimé, notre réponse au Louvre

Bernard Hasquenoph | 10/02/2014 | 15:49 | 10 commentaires


Au lendemain de la parution de notre article révélant la suppression des dimanches gratuits au Louvre en haute saison et du lancement de notre pétition, le musée se justifiait, plein de bons sentiments. Aucun de ses arguments ne nous convainc et nous persistons à penser qu’il s’agit d’une mesure mercantile, sur fond de restriction budgétaire. Réponses.

03.04.14- A lire notre tribune dans Libération : « Au Louvre, sombre dimanche »

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En juillet, un mercredi

10.02.14 | DÉMOCRATISATION – Les étrangers seraient plus nombreux que les « visiteurs nationaux » pour qui la mesure des dimanches gratuits aurait été destinée à l’origine. L’accroissement du nombre de visiteurs étrangers (toute l’année) ne peut occulter la présence ces jours-là d’un public local et français très varié, pour certains à faible revenu, ni celle de publics « éloignés des pratiques culturelles » pour qui cette gratuité événementielle a un réel impact, comme l’ont montré indubitablement les études menées durant 5 ans, entre 1996 et 2000. Idem pour les demandeurs d’emploi et bénéficiaires des minima sociaux qui, bien que bénéficiant de la gratuité permanente au musée, se mobilisaient fortement, ou par ignorance de leur droit ou pour échapper à la stigmatisation de devoir présenter un justificatif à chaque visite. La situation aurait changé, dit le musée. Nous attendons toujours qu’il nous communique ou rendre publiques les enquêtes menées depuis [1]. Une chose est sûre, avec un billet d’entrée à 12 euros, ces publics-là seront encore moins présents. Et de quels étrangers parle le Louvre ? Des touristes ou des étrangers résidents en France dont la présence avait été notée dès le départ ? Mais peut-être le musée ne considère-t-il plus ces derniers comme des « locaux ».

COMMUNICATION & MÉDIATION – A l’instauration de la mesure il y a près de 20 ans, le musée avait mené une campagne d’affichage dans le métro avec ce slogan : « Le premier dimanche de chaque mois, au musée du Louvre, ce qui n’a pas de prix est gratuit ». Depuis, quelles actions ont été menées en direction des publics de proximité pour rappeler l’existence de la mesure ? A notre connaissance, aucune, si ce n’est, récemment, par des annonces sur les réseaux sociaux pour des personnes qui suivent déjà le Louvre. Et sur place, quelles actions de médiation ont été proposées aux publics peu habitués des musées pour accompagner cette gratuité et les inciter à revenir ?

HYPER-FRÉQUENTATION - Les problèmes réels générés par l’« hyper-fréquentation » du Louvre en haute saison – et pas seulement les dimanches gratuits, loin de là - trouvent leur origine, surtout dans un déficit d’aménagement des espaces d’accueil alors que le musée cherche, pour augmenter ses recettes, à augmenter toujours plus son public, de personnels en nombre insuffisant pour gérer l’affluence et d’une absence d’actions, notamment de médiation, pour inciter les visiteurs à mieux se répartir dans les salles. Croire qu’instaurer une barrière tarifaire va régler la question de l’hyper-fréquentation est un leurre et une hypocrisie. Si le Louvre n’a que ça comme solution, autant instaurer un billet à 100 euros ! Absurde et désespérant.

<h6>File d'attente au Louvre… un mercredi de juillet 2012.</h6> File d’attente monstre au Louvre, le 25 juillet 2012… un mercredi.

SATISFACTION - « Cette hyper-fréquentation avait un impact négatif sur la satisfaction des visiteurs » et sur les conditions de travail des agents du musée. On veut bien le croire et c’est certain durant toutes les périodes de vacances, mais curieusement le musée utilise aujourd’hui cet argument alors qu’il est totalement absent de ses rapports d’activités. La question des dimanches gratuits n’y est même jamais abordée. Dans son rapport en ligne le plus récent, le musée fait état d’une satisfaction globale de la visite de 97%, de la qualité de l’accueil de 96%, du confort de la visite de 92%. Incohérence du discours.

EFFET D’AUBAINE - C’est un argument massue et récurrent des anti-gratuité : quand ce ne sont pas les habitués, ce sont les touristes qui en bénéficieraient surtout. Les salauds ! Le Louvre affirme aujourd’hui que les agences touristiques profitaient d’un « “effet d’aubaine” pour organiser un grand nombre de visites à ces dates ». Or, dès l’instauration de la mesure, pour justement contrer cette tentation, toutes les visites de groupe ont été interdites les dimanches gratuits. Donc que comprendre ? S’il y a contournement de l’interdiction par les agences, ce ne sont pas aux visiteurs individuels d’en payer le prix mais au Louvre de les poursuivre, comme il le fait pour les pickpockets.

UN BILLET POUR ÉTRANGER - Instaurer un billet spécial Étrangers au tarif élevé et un billet modéré pour les locaux, voir gratuit, comme certains le proposent nous semble une mauvaise idée. D’un point de vue éthique : au nom du principe républicain d’égalité, une discrimination fondée sur un critère de nationalité est anormale, surtout pour un musée se voulant universel. D’un point de vue pratique : les personnels devraient alors vérifier la nationalité de tous les visiteurs, ce qui complexifierait encore plus leurs tâches, sans parler des litiges prévisibles liés à la situation d’étrangers résident en Europe qui pourraient alors prétendre à bénéficier des mêmes tarifs que les locaux, comme c’est déjà le cas par exemple pour les 18-25 ans.

GRATUITÉ - Comme nous l’avons répondu au Monde, la gratuité au musée n’est jamais complètement « sèche ». Les touristes qui viennent en nombre au Louvre les dimanches gratuits ne font pas que profiter d’une opportunité, ils dépensent aussi dans les boutiques (librairie, produits dérivés, restauration, etc), rapportant indirectement à l’établissement par le biais de redevances, concessions, pourcentages. Ils participent également à une économie plus globale qui rapporte à Paris et au pays. La gratuité peut être même un formidable produit d’appel. Londres vient de détrôner Paris, devenant la ville la plus visitée au monde. Et si ses grands musées nationaux gratuits y étaient pour quelque chose ? « En 2013, encore plus de visiteurs se sont bousculés dans les allées du British Museum, première attraction de Londres, de la Tate Modern ou de la National Gallery », et c’est Le Figaro qui le dit ! [On nous signale en commentaire que les affirmations du Figaro seraient totalement infondées. Dont acte. Il n’empêche que l’attractivité de la gratuité des grands musées nationaux britanniques ne se dément pas.]

SIGNEZ LA PÉTITION « pour le maintien de la gratuité le premier dimanche du mois au Louvre », lancée le 2 février 2014. Faites tourner !

:: Bernard Hasquenoph | 10/02/2014 | 15:49 | 10 commentaires

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VOS COMMENTAIRES


7.04.2014 | XD |

Je me souviens du temps où le Louvre était gratuit TOUS les dimanches. Nous y allions entre copains pour voir une salle ou revoir une autre. Il n’y avait quasiment personne (au temps où la culture n’était pas encore obligatoire). Je ne suis pas élitiste, au contraire, il me semble que les biens conservés dans les musées appartiennent à TOUS LES CITOYENS et que payer pour les VOIR n’est pas normal. Le maire de Paris l’a bien compris puisque les musées municipaux sont gratuits sauf pour les expositions temporaires, ce que je comprends, à l’instar des musées anglais. Beaucoup de musées italiens suivent cette politique ou octroient un tarif très réduit pour les Européens + de 60 ans. Je ne partage pas l’argument du tarif d’entrée élevé qui serait identique au prix d’une place de cinéma. Pourquoi ne pas suivre le modèle anglais une fois de plus, pour appliquer un tarif spécial pour des nocturnes des expos temporaires et baisser considérablement l’entrée des collections en journée (à défaut de la gratuité). Le Louvre est très grand et trouver LA SORTIE est une gageure. Pour une meilleure circulation et donc moins de monde en errance, peut-être faudrait-il revoir le plan de circulation et prévoir plus d’entrées et de sorties.


5.04.2014 | Bernard Hennebert | http://consoloisirs.be

Le but de la gratuité n’a jamais été de faire venir les jeunes. C’est pas là-dessus qu’il faut évaluer ! Cela serait d’ailleurs une concurrence déloyale avec toutes les autres mesures en place pour toucher les jeunes, et qui sont autrement fortement financées. C’est faire de preuve de jeunisme.

Des droits, ce n’est pas que pour les jeunes. Il en faut, bien entendu. Il y en a. Et il y a de tout temps un droit dans le musées à une gratuité pour tous les publics. Pour rappel, actuellement 6 des 7 musées les plus visités au monde sont gratuits TOUS LES JOURS (le seul payant étant Le Louvre). C’est cela que nous voulons conserver. Une gratuité tous publics qui soit régulière.

Moi, je prône même pas 365 jours par an, mais 12 jours par an... Et vous n’êtes pas encore d’accord !

D’autre part, nous, on n’est pas que des audimats ambulants... et nous pensons qu’il y a d’autres objectifs importants pour une gratuité (et ceci, les musées n’en parlent jamais, ni vous, ni la presse... car, peut-être, vous n’avez aucun contre-argument).

La gratuité permet au public qui vient rarement au musée d’y venir souvent : de simples visiteurs deviennent ainsi des amateurs éclairés.

Et, d’autre part, quand on visite gratuitement, la façon de visiter change. On n’est plus obligé de tout voir à un rythme d’enfer pour ne jamais y revenir car on a payé. On passe ainsi d’une « visite consommation » à une « visite contemplation ». Il me semble que ces arguments jamais repris par les « contre » sont très importants.


5.04.2014 | Bernard Hennebert | http://consoloisirs.be

J’espère que cet extrait de mon livre « Les musées aiment-ils le public ? » (Editions Couleur Livres) vous apportera des compléments d’information intéressants sur l’intérêt de la gratuité muséale pour le vaste public : " (...) La manière dont l’entourage de la Ministre française de la culture, Christine Albanel, a instrumentalisé la présentation des résultats d’une enquête scientifique doit nous mettre en garde contre la manipulation des chiffres de fréquentation des musées. Ancienne présidente du Château Versailles, elle pourrait symboliser la hargne policée de nombre de grands établissements culturels qui n’apprécient pas que de substantiels financements de l’État soient monopolisés pour dédommager les musées qui appliqueraient une gratuité destinée à tout le public.

Alors, tous les moyens sont bons pour remettre en question les effets de cette gratuité. Au premier semestre 2008, une expérience, sujet d’une évaluation fouillée menée par l’Agence Public et Culture, permit à quatorze musées et monuments répartis sur tout le territoire français de proposer l’entrée libre tous les jours et pour tous (Le Musée de la Marine à Toulon, le Musée Jacques-Cœur à Bourges, le Musée Guimet à Paris, le Musée de l’Air et de l’Espace au Bourget, etc.) mais aussi pour quatre établissements parisiens, une gratuité uniquement destinée aux 18-25 ans, un soir par semaine (le Louvre, le Musée d’Orsay, le Centre Pompidou, le Musée du Quai Branly).

Suite à cela, le 4 avril 2009, sur décision du Président Sarkozy, la Ministre gèle la gratuité quotidienne « tous publics » et la remplace par une gratuité, tous les jours ouvrables, pour les collections permanentes dans de nombreux musées, mais réservée uniquement au moins de 26 ans. Deux jours après le début de l’application de cette nouvelle mesure, Le Monde annonce, en couverture, que « ...la rue de Valois a fait l’impasse sur une partie de l’expérimentation qu’elle avait elle-même lancée. Alors que l’étude démontrait les bienfaits de la mesure pour tous les publics populaires, le Ministère a éludé cette réalité afin de justifier (sa) décision politique ». En effet, le communiqué officiel indiquait que « les résultats de cette expérimentation ont démontré l’intérêt de la gratuité pour la classe d’âge des 18-25 » mais ne signalera pas que les mêmes résultats ont été constatés pour « toutes les catégories populaires ». Dans son enquête publiée par Le Monde, Nathaniel Herzberg constate également qu’ont été occultées plusieurs réflexions de la sociologue Jacqueline Eidelman, chargée de commenter l’étude avec des chercheurs de l’Université Paris-Descartes : « La gratuité a largement profité au public de proximité d’origine modeste » ou « (la gratuité), un levier de fabrication de la familiarité muséale ». La synthèse du travail sera écrite non pas par les chercheurs mais par le ministère lui-même : c’est lui qui minimise la fréquentation par les groupes sociaux populaires en parlant de « frémissement ». Toujours selon Le Monde, dans l’entourage de Mme Albanel, on admet que ce mot « est une approximation et traduit mal l’évolution positive enregistrée ». L’enquête est-elle au service d’une décision politique, ou l’inverse ? Beaucoup de médias ont relayé l’idéologie ministérielle, la prenant pour argent comptant. Ce qui peut fausser la suite du débat, même dans d’autres pays ou régions. Ainsi, le 8 juin 2010, la ville de Caen annonce la suppression de la gratuité quotidienne de ses musées et indique notamment dans son argumentaire : « Le ministère de la Culture et de la Communication qui a mené une expérimentation dans les Musées nationaux est arrivé à la même conclusion et n’a conservé la gratuité que pour les moins de 26 ans ».


5.04.2014 | Jean-Do |

Très modeste suggestion, que j’ai déjà semée de ci de là sans trop d’illusions : concentrer le même nombre de dimanches gratuits, donc 2 par mois sur la période d’octobre à mars.


16.02.2014 | FredAveyron |

Bonjour, Rien à voir avec la gratuité le dimanche, mais concernant l’accès au Louvre : AUCUNE ATTENTE GARANTIE en utilisant l’accès de « la Porte des Lions », tout au plus une ou deux personnes !

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 16/02/2014, à 10:48 |

Quand c’est ouvert :-)


10.02.2014 | ALBERT |

je lis votre article et je vous trouve totalement à côté de la réalité ’’terrain’’ du musée ! Vous ne faites donc jamais de visites les dimanches gratuits pour voir le bien-fondé des nouvelles mesures du Louvre ? Bien sur que les groupes existent les dimanches gratuits, mais ils sont dispersés en application du règlement. Les bénéficiaires du gratuit permanent comme les chômeurs ou les jeunes ne viennent jamais les dimanches gratuits, pourquoi réclament-ils un acquis ? Il faut arrêter de se soucier de discours démagogique et revenir à la réalité du terrain : cette mesure calmera l’hyperfréquentation, qui, question que vous ne soulevez pas mais reste très importante, abime les lieux petit à petit (les toilettes vandalisées continuellement, les dégradations sur les oeuvres par un public mal éduqué, le Louvre intérieur qui devient une poubelle des pic-nics dès 11h etc), et nécessite des frais de travaux que seul le Louvre paie. Ces dimanches repayants sont une mesure juste, et redonneront un vrai sens à la visite du musée et arrêteront cette logique de lieu de foire, où malheureusement un musée est percu de plus en plus comme un parc Disney.


10.02.2014 | Romain B. |

Votre article est très pertinent et votre travail est indispensable, comme toujours.

Attention toutefois à l’article du Figaro que vous citez à la fin, sous le chapô « Gratuité » : il est avéré que cette information est fausse, que les chiffres comparés n’étaient en rien comparables (fréquentation du grand Londres en 2013 contre fréquentation de Paris intramuros en 2012) et que les conclusions tirées par les journalistes étaient tout à fait discutables. Un article de France24 essaye de remettre les choses au clair en prenant un parti différent mais l’analyse d’Arrêt sur Images (abonnement nécessaire) reste la plus complète.

Hormis ce détail, vous faites mouche. Le maintien de la gratuité des premiers dimanches est nécessaire. C’est d’ailleurs peut-être la moindre des choses ?

Bernard Hasquenoph / Louvre pour tous, le 10/02/2014, à 17:50 |

Merci Romain mais même si la comparaison n’est pas fondée, l’attractivité de la gratuité des grands musées nationaux britanniques ne se dément pas :-)


10.02.2014 | Eric |

Oui, enfin pour le fait que Londres ait dépassé Paris, faudrait revoir votre copie... Le Figaro a voulu faire du racolage à partir d’un bilan provisoire de l’office de tourisme britannique. La stat n’est réalisée que sur les 9 premiers mois et sans connaître les chiffres de Paris ( ?!). En outre, elle prend en compte le Grand Londres (avec notamment Windsor) vs Paris intra-muros. Pour avoir des éléments comparables, il faudrait prendre en compte l’Île-de-France et là, il n’y a pas photo puisque c’est au moins +12 millions pour Paris. Différents commentaires de lecteurs du Figaro et d’autres articles ont ensuite corrigé tout cela. Il y a assez de French & Paris Bashing en ce moment pour ne pas en rajouter une couche :).


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NOTES

[1] Nous en avons fait la demande auprès du service Presse du musée le mardi 4 février, renouvelé le 14 février, sans aucune réponse, pas même de refus.



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UNE CITATION, DES CITATIONS
« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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