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Le MAMC de Saint-Étienne, le musée qui aimait les artistes

Bernard Hasquenoph | 21/11/2016 | 15:30 |


Seconde plus importante collection d’art moderne et contemporain en France, ce musée a une programmation très dynamique, invitant artistes confirmés et artistes émergents comme en ce moment Anne et Patrick Poirier, Jérémy Demester, Marine Joatton et Marco Tirelli. Il fêtera en 2017 ses trente ans.

21.11.2016 | EN CE JOUR DE NOVEMBRE, le taxi qui nous mène de la gare au musée, traverse un paysage urbain pas des plus réjouissants. Barres d’immeubles et tours grises... Je ne devrais pas l’écrire mais c’est ma première impression de Saint-Etienne. C’est aussi la seule chose que j’en verrai car on fera l’aller retour dans la journée depuis Paris.

Evidemment, on ne juge pas une ville sur un trajet. Certaines résistent au prime abord, et c’est là qu’on fait souvent les plus belles découvertes. « Elle se donne à qui sait la regarder », lance une habitante de Saint-Etienne dans un clip promotionnel. Sans doute. Mais je sens bien que les autres occupants du taxi, embarqués comme moi dans ce voyage de presse, pensent de même au silence qui accompagne nos regards vers l’extérieur. Mais, par politesse, personne ne dit rien.

Je demande s’ll existe un centre ville historique, on me répond que oui. Là où sont concentrés les autres musées, comme le musée d’Art et d’Industrie, premier d’entre eux qui tient le rôle du musée des Beaux-Arts de toutes grandes villes, consacré ici dès l’origine aux grandes industries régionales et aux arts appliqués, d’où sa dénomination première de musée de fabrique.

Le musée d’Art moderne et contemporain [MAMC) qui en est une excroissance est situé, lui, en périphérie. Son style architectural s’insère en revanche parfaitement dans son environnement. Un bâtiment tout en longueur, aux formes minimales, construit en 1987 par Didier Guichard. Il est habillé d’un quadrillage de carrés de céramique noire - à l’origine du logo du musée que je comprends enfin -, allusion au passé houiller de la ville. Un mélange de brutalisme et d’élégance. Un bel édifice qui mériterait d’être mieux valorisé dans ses abords immédiats, accolé qu’il est à un parking, avec une esplanade des plus incertaines.

Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne

Sous la tutelle de la communauté urbaine de Saint-Etienne Métropole, il abrite une collection très importante d’oeuvres des 20e et 21e siècles, la seconde en France après celle du musée national d’Art Moderne du Centre Pompidou. En quantité - plus de 19.000 à ce jour - et en qualité avec des Monet, Magnelli, Picasso, Brauner, Léger... Devant l’évidente impossibilité de tout montrer, le choix a été fait de renouveler l’accrochage régulièrement - environ tous les 18 mois - de façon thématique, en relation avec l’exposition du moment. Une bonne idée pour donner envie d’y retourner. Parallèlement à cette grande exposition, le musée a l’habitude d’inviter des artistes émergents ou peu connus en France, participant à booster ou renforcer leur carrière, tissant des liens avec certains d’entre eux sur des années. Ainsi, y ont été présentés pour la première fois sur notre territoire, Gilbert & George, Georg Baselitz, Anthony Gormley, Sean Scully ou Mario Schifano. L’agencement intérieur est top, succession de vastes salles très hautes de plafond qui permettent toutes les scénographies. Idéal pour montrer l’art contemporain.

2017 est une année importante pour cette institution, puisqu’elle célébrera ses 30 ans et verra le départ à la retraite de son directeur emblématique, Lóránd Hegyi, en poste depuis 2003. Rare directeur d’un musée français de nationalité étrangère puisque celui-ci est hongrois, ce qui a été sans conteste une richesse, ouvrant plus largement le regard et favorisant une programmation plus internationale. Le musée porte également une grande attention à ses visiteurs, la présence sur son site Internet de pages d’avis et de récits d’expérience en sont un indice. Des initiatives bien trop rares. Une vraiment belle découverte.

www.mam-st-etienne.fr
Entrée : 5,50€ / 4,50€
Entrée et visite guidée : 7€ / 5€
Pass Musées : 20€ / www.saint-etienne.fr



ARCHÉOLOGIE DU PRÉSENT - L’accrochage actuel des collections du musée, à priori en place jusqu’à l’automne 2017, tourne autour de « la place occupée par l’objet dans l’histoire de l’art du début du XXe siècle à nos jours ». Vaste sujet (sans jeu de mots) qui nous entraîne, à travers 150 oeuvres dont quelques prêts d’autres musées, du fétichisme des Surréalistes pour l’objet-sculpture à la collectionnite inspirante d’un Picasso pour les « objets » africains, aux ready-made d’un Duchamp, à l’objet de consommation érigé en oeuvre d’art par le Pop Art tandis qu’avec le Nouveau Réalisme, un Spoerri fixe pour l’éternité des restes de repas sur des tables et que Villeglé prélève dans la rue des carrés d’affiches déchirées. Un parcours au final très poétique qui va jusqu’à aujourd’hui : Raysse, Boltanski, Claude Lévêque... et les Poirier auxquels le musée consacre parallèlement toute une exposition.

Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Etienne

Du 5 mars 2016 au 01 octobre 2017
www.mam-st-etienne.fr

ANNE ET PATRICK POIRIER | DANGER ZONES - Cette rétrospective de 40 ans de carrière de ce couple d’artistes est tout simplement formidable, et terriblement d’actualité. Lointains héritiers du peintre ruiniste Hubert Robert, fascinés par le thème de la destruction et l’écoulement du temps, leur champ exploratoire est l’archéologie, une discipline réinventée à travers le prisme de l’art. Et prémonitoire. Ainsi, se muent-ils en archéologues du futur, s’adonnant à la prospective quand ils imaginent une ville noircie par la pollution, qui serait la nôtre dans un avenir pas si lointain. Cela donne Exotica, une grande maquette tragique que l’on peut scruter à l’aide de jumelles mises à disposition. Dans la même pièce, l’installation Danger Zone qui a donné son nom à l’expo, met en scène une bulle de survie qui abrite la cabane grandeur nature d’un chercheur, dans un territoire dont l’air serait empoisonné.

Chaque salle nous invite à vivre des expériences non seulement contemplatives mais aussi sensorielles - Entrez dans La Fabrique de la mémoire toute de miroirs, et pas seulement pour faire un selfie comme moi - ou d’exercice mental. Là une grande croix tombée au sol projetant une ombre lumineuse, là une échelle de néons roses masquant l’inscription Abimes du temps quand dans la même pièce est projeté le dernier film réalisé par le fils du couple, Alain-Guillaume, mort prématurément. Le réel rejoint la fiction. Vanité, tout est vanité. La dernière salle, presque plongée dans l’obscurité, est peut-être la plus belle avec Domus Aurea : un ensemble de maquettes gris-noir, un paysage de ruines en charbon de bois, immergé dans un bassin d’eau.

"Danger Zones" d'Anne et Patrick Poirier

Vu leur sensibilité aux vestiges, les Poirier ne pouvaient que réagir aux destructions barbares que subit la région du monde, berceau de l’humanité il y a plusieurs millénaires. Sont présentés Mésopotamie, une peinture immaculée représentant la topographie d’un site archéologique légèrement en relief, reproduit grâce à Google Earth et Alep, un tapis tissé traditionellement dont le motif est une vue satellitaire du centre historique de la ville syrienne avant bombardement. Etrange résonance avec l’expo Mésopotamie que j’ai vu deux jours avant au Louvre-Lens.

Du 2 juillet 2016 au 29 janvier 2017
www.mam-st-etienne.fr

JÉRÉMY DEMESTER | 33 ENGRAVINGS FOR BENJI’S REVENGE - Etrangement, là aussi on retrouve une référence à la Mésopotamie, avec le dessin d’un taureau ailé assyrien. La première exposition dans un musée de Jérémy Demester, artiste pas encore trentenaire, présente des gravures « pointillistes », technique à laquelle, peintre plutôt habitué à l’abstraction, il s’essaie depuis peu. Avec réussite, puisque le septième Prix des Partenaires parrainé par le musée - qui a pour vocation de défendre le travail d’un jeune artiste des arts graphiques vivant en France -, lui a été attribué pour le début de cette série. Revendiquant ses origines gitanes, il garde un goût prononcé pour l’ésotérisme. Ses gravures seraient comme les cartes d’un tarot aux illustrations piochées dans un imaginaire collectif très vaste, créant des correspondances invisibles qu’il nous laisse découvrir : gitan, christ, vierge, chat, squelette, figures allégoriques... Certaines d’entre elles sont agrandies au format toile, en impression numérique. Dans toutes, le bleu prédomine, couleur dont il a voulu également recouvrir le sol, pas seulement parce qu’en daltonien - toujours original pour un peintre - c’est celle qui est la plus prégnante dans son oeil, mais surtout pour sa force symbolique immanente.

Jérémy Demester

Du 5 novembre 2016 au 15 janvier 2017
www.mam-st-etienne.fr

MARINE JOATTON | UN AIR DE FAMILLE - L’univers de cette artiste confirmée, de plus de quarante ans, est tendre et angoissant, enfantin et monstrueux et c’est là tout son intérêt, ce qui lui donne son caractère hypnotique. Intitulée Un air de famille, l’exposition se présente comme une galerie de portraits, des pastels de personnes qu’on imagine être de ses proches mais qui nous semblent familiers, avec le même trouble qu’on peut ressentir devant des tableaux anciens. Des gouaches où la couleur explose, joyeuse, en contraste avec la torsion parfois des corps de figures mi-humaines mi-animales. La série Grosses têtes est sensiblement différente, par le format, et la facture plus libre mais tout aussi séduisante. Tous les matins, elle se confronte à la page blanche sans savoir ce qui en sortira, puis elle ne retouche rien. Son goût de la série, Marine Joatton se demande si elle ne le tient pas d’un atavisme familial scientifique - son oncle est le grand botaniste Francis Hallé - quand d’un autre côté, elle est descend de la dynastie des peintres du même nom. Mystère des liens familiaux dont on voudrait se libérer mais qui nous rattrapent.

Marine Joatton

Du 5 novembre 2016 au 12 février 2017
www.mam-st-etienne.fr

MARCO TIRELLI - L’artiste italien né en 1956 expose pour la première fois en solo dans un musée français, en occupant un mur. Mais gigantesque. Recouvert intégralement de feuilles disposées à égale distance, comme une immense banque d’images harmonisée par une même gamme chromatique. Il y en a 400. Tel un dossier ouvert sur un bureau d’ordinateur, ce sont les images d’archives qu’il collecte depuis des décennies et où il puise l’inspiration pour réaliser ses peintures. L’effet est saisissant, on a l’impression d’entrer dans son cerveau, dans son musée intérieur. Ensemble qu’il avait déjà exposé au Pavillon italien, à la Biennale de Venise en 2013.

Marco Tirelli

Du 5 novembre 2016 au 29 janvier 2017
www.mam-st-etienne.fr

L’un des intérêts des voyages de presse, c’est la possibilité de rencontrer les commissaires d’exposition ou les conservateurs, et encore mieux quand il s’agit d’art contemporain, les artistes eux-mêmes. Ici, à voir face à nous Jérémy Demester, Marine Joatton et Marco Tirelli, je me fais la réflexion idiote de savoir s’ils ressemblent à leur oeuvre, et l’inverse. C’est Marine Joatton qui me l’a inspirée car je trouvais dans son regard étonné teinté d’une pointe d’inquiétude, et même dans son attitude corporelle, une résonance à ses personnages. C’est moins flagrant avec Jérémy Demester, à l’allure de chanteur hispter ou d’aventurier, mais ça l’était sans conteste dans l’esprit. L’allure assez sérieuse de Marco Tirelli correspondait assez bien à son installation, toute en rigueur et folie contenue. Mais ma théorie demande encore à être étayée...

:: Bernard Hasquenoph | 21/11/2016 | 15:30 |

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EN COMPLÉMENT

Conditions de visite :: 4 novembre 2016, sur invitation de l’agence anne samson communications : train, taxi, visite guidée, déjeuner, tote bag, goodies et documentation.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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