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Le musée de la Chasse in et out, du Marais à Rentilly

Bernard Hasquenoph | 14/11/2016 | 15:35 |


Deux lieux, plusieurs expositions, pour un même musée. Exposition Animal on est mal, château de Rentilly, Bussy-Saint-Martin (77), 24 octobre 2016 – 22 janvier 2017, gratuit / Expositions Scènes de chasse en Allemagne. Rayski-Baselitz, Gloria Friedmann et Miguel Branco, Musée de la Chasse et de la Nature, Paris, 8 novembre 2016 - 12 février 2017, 8€/6€.

Le musée de la Chasse et de la Nature fait le mur. Sis habituellement à Paris dans le Marais, l’établissement délocalise une partie de ses collections à 30 km de là, en Seine-et-Marne, au château de Rentilly. Le Parc culturel de Rentilly est le siège de la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire qui, depuis 2006, fait toute confiance au FRAC Ile-de-france (Fond régional d’art contemporain) pour y organiser des expositions, en collaboration avec d’autres institutions. C’est le FRAC qui est à l’origine de la customisation de la bâtisse sans grâce qui se cache aujourd’hui sous un coffrage de miroirs que l’on doit à l’artiste Xavier Veilhan, projet de réhabilitation inauguré en 2014 et réalisé en collaboration avec les architectes Bona-Lemercier et le scénographe Alexis Bertrand. Cette nouvelle peau en métal inox poli change au gré des heures et du temps, reflétant à l’arrière l’eau des bassins. Un objet d’art en lui-même que certains détestent mais qui fait pourtant toute l’originalité du site. Pas vraiment un scandale patrimonial non plus, quand l’on sait que le bâtiment d’origine date seulement des années 1950, triste pastiche Directoire érigé à l’emplacement de l’ancien château bien plus imposant - premières traces au 16e siècle -, modifié continuellement jusqu’à ce qu’il disparaisse dans un incendie en 1944, à la Libération.

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Le château de Rentilly aujourd’hui, avant et après 1944.

Passé de main en main depuis des siècles, le domaine a connu des propriétaires prestigieux comme au 19e le couple Jacquemart-André, amoureux des arts à l’origine du musée parisien portant leurs noms. Ils feront de Rentilly un endroit remarquable, à éblouir Flaubert qui écrira : « Ce château est d’un luxe qui dépasse tout ce que j’ai vu jusqu’à présent ». Héritant d’un vaste parc à l’anglaise, toujours visible et rénové qui vaut à lui seul la visite pour ses arbres magnifiques dont un impressionnant cèdre bleu, Édouard André le transforme avec la complicité du célèbre paysagiste de l’époque... Édouard André, un homonyme ! Ca ne s’invente pas.

On peut aussi citer la dernière famille propriétaire des lieux, jusqu’en 1988 : les Menier, de la célèbre entreprise chocolatière. Parmi eux, un curieux occupant en la personne de Jacques Menier (1892-1953) qui, revenu de la Première guerre mondiale la « gueule cassée », y menait, dit-on, une vie atypique et dissolue : « Il vit la nuit où il organise des réceptions (auxquelles il ne participe que rarement) et dort le jour, cachant ainsi au monde son visage affreusement mutilé » [1]. Entre autres aménagements, les Menier transformèrent les communs, toujours existants, y créant en 1891 des bains turcs chauffés aux murs couverts de mosaïque, selon la mode orientaliste du moment.

Parc culturel de Rentilly

C’est là, dans le château, aux espaces intérieurs également réaménagés de façon très design et lumineuse, que l’artiste Richard Fauguet a été chargé de concevoir une exposition, en puisant dans les collections du musée de la Chasse et de la Nature aussi bien anciennes que contemporaines. Il a eu la bonne idée de recloisonner l’espace par de précieuses tapisseries suspendues dans les airs sans en cacher le revers (que le musée a peine à exposer vu leurs tailles), qui, outre le fait de créer un environnement iconographique animalier et végétal, créent un cheminement plein de surprises pour le visiteur.

Expo "Animal, on est mal"

Y adjoignant des oeuvres d’autres provenances, il a imaginé un assemblage à première vue hétéroclite, en soi déjà plaisant par la variété des pièces présentées, reliées par un même thème : « la quête de l’homme pour tenter d’établir une relation au monde sauvage ». S’y croisent Bertille Bak et Jean Carriès, Présence Panchounette et François Desportes, Didier Marcel et des céramiques du 18e... Le titre de l’exposition Animal on est mal est tiré d’une chanson de Gérard Manset. Les carrés de moquettes de couleur, esthétiques mises à distance de certaines oeuvres, sont un clin d’œil à l’entreprise de revêtements de sol de François Sommer, fondateur du musée de la Chasse et de la Nature avec son épouse Jacqueline.

Le Parc culturel de Rentilly est accessible en transports en commun (non testé), par le RER A (station Torcy) puis navette gratuite les samedis, dimanches et jours fériés.

www.chassenature.org/animal-on-est-mal
www.fraciledefrance.com/animal-on-est-mal
www.marneetgondoire.fr

Pendant ce temps à Paris, le musée de la Chasse et de la Nature propose depuis début novembre de nouvelles expositions. Se renouveler en permanence, c’est toute l’originalité de cette institution privée, adossée à la fondation François Sommer qui « oeuvre à la construction d’un dialogue apaisé entre tous les utilisateurs de la nature, chasseurs et non chasseurs ». Le musée, riche de collections anciennes et contemporaines se confrontant harmonieusement, ne fait en rien, faut-il le rappeler, l’apologie de la chasse (qu’on le veuille ou non, thème omniprésent dans l’histoire de l’art) mais interroge désormais les liens de l’homme avec la nature. C’est un musée des plus originaux à Paris, intimiste et pédagogique, encore trop méconnu parce que peut-être victime de préjugés.

Dans la cour, on est accueilli en ce moment par la grande sculpture d’un cerf noir gracile - je croyais à une biche -, que l’on doit à l’artiste portugais Miguel Branco qui trouve dans la figure animale l’inspiration depuis plus de trente ans. Modeste et malicieux, celui-ci a disposé dans l’ensemble du musée ses propres oeuvres qu’il faut débusquer comme dans un jeu de piste. Sans dépliant, c’est quasi impossible tellement la plupart se font discrètes et s’insèrent parfaitement dans ce vaste cabinet de curiosités qu’est le musée. On y retrouve le cerf de différentes tailles et matières, des figurines en matière « pauvre » comme de la pâte Fimo pour enfants, des oeuvres inspirées d’autres artistes comme une sculpture d’après Giacometti...

Miguel Branco

Au dernier étage, c’est l’artiste d’origine allemande Gloria Friedmann dont l’oeuvre tourne également autour du thème de la nature, qui présente un condensé de plusieurs décennies de carrière vécue en France. Un ensemble de têtes de cochons cousues entre elles d’où pendent comme des fils d’explosif, un ensemble créé il y a des années mais qui prend pour elle un nouveau sens depuis les attentats. Des vidéos de ses performances passées, comme celle qui s’était déroulée en 1994 au musée d’Art moderne de Paris, qui fait cohabiter dans un même espace une vache vivante et une carcasse de boucher, intitulée « La Nature morte + son modèle vivant ». De quoi créer un certain malaise, encore plus avec le scandale actuel des abattoirs ! Un simple panneau posé au sol où est inscrit en lettres miroir le mot Nature, oeuvre acquise par le musée, qui questionne notre rapport distancé à l’écosystème, comme si nous n’en faisions pas partie intégrante.

Gloria Friedmann

Enfin, à deux autres endroits du musée, une exposition plus classique et directement liée à son thème cynégétique d’origine (pour faire savant) : « Scènes de chasse en Allemagne ». Au premier étage, un ensemble de peintures germaniques couvrant la période de 1830 à 1914, du Romantisme à l’art moderne, y compris, pour les plus sensibles et hostiles à la chasse, de la peinture animalière. Ours en famille ou mieux, brame du cerf, un thème devenu archétype du kitsch selon le mot des commissaires. Ceux-ci, à travers l’exposition, interroge le rapport des Allemands à la nature, différent de celui des Français pour des raisons historiques et culturelles, malgré seulement quelques kilomètres de distance. La chasse, par exemple, est resté un droit féodal en Allemagne jusqu’en 1848 quand il avait été aboli en France dès la Révolution. La forêt, volontiers représentée comme une entité mystérieuse et sauvage, reste le « territoire natal de l’âme allemande ».

Au rez-de-chaussée, une confrontation tonique entre l’oeuvre des plus académiques de Ferdinand von Rayski (1806-1890), l’un des maîtres de l’École de Dresde, et celle néo-expressionniste de Georg Baselitz né en 1938 qui, durant toute sa carrière, en a été hanté.

Scènes de chasse en Allemagne

www.chassenature.org/miguel-branco-black-deer
www.chassenature.org/gloria-friedmann-tableaux-vivants
www.chassenature.org/scenes-de-chasse-en-allemagne-rayski-baselitz

:: Bernard Hasquenoph | 14/11/2016 | 15:35 |

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EN COMPLÉMENT

Conditions des visite :
- 23 septembre 2016 (agence Heymann, Renoult Associées), château de Rentilly : car, visite guidée.
- 7 novembre 2016 (agence Heymann, Renoult Associées), Musée de la Chasse et de la Nature : visite guidée.



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NOTES

[1] Lu dans la brochure très bien faite Historique - Parc culturel de Rentilly conçue par la Communauté d’agglomération de Marne et Gondoire, septembre 2015.



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« En France, on travaille dans le service public, en Amérique, on travaille pour le public » Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, TÉLÉRAMA | 14.09.16
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